24 octobre 2009

Just Buried


« Je me suis mariée ce week-end. J’ai invité tous mes potes avec qui j’étais en Erasmus y a un an et demi. Ils sont presque tous venus : Allemagne, Belgique, Pologne, et même Corée du Sud et Canada. Ca m’a fait un mariage cool, un peu en mode United Colors of Benetton.

J’ai rencontré ces gens à la période de ma vie où je me la suis le plus collée. On était torchés tous les soirs pendant un semestre. Rien n’avait d’importance, on n’était pas dans notre propre pays. J’ai vécu les six meilleurs mois de ma vie, parce que j’étais pas dans la réalité. Pourtant c’était les mêmes avant-hier à mon mariage. Et mon mariage était bien réel. À mon mariage mes « amis » se la sont collée vénère. Ca veut pas dire que le mariage était beau. Ca veut juste dire que c’était une belle taule. Une de plus, comme toutes celles qu’on avait enchaînées 18 mois auparavant dans une capitale européenne. Sauf que cette fois, alors que mes potes étaient contents de se retrouver pour s’en caler une belle, moi j’ai joué ma vraie vie.

Mon mariage était minable. J’avais l’air d’un pot de fleur géant dans ma robe. Je ressemblais à un yaourt en verre La Laitière quoi. Et si mes potes d’Erasmus n’avaient pas été là, y aurait eu personne à mon mariage. J’ai invité les amis du moment. Je suis sûre que dans dix ans j’aurai perdu tout contact avec 80% des gens présents à mon mariage. Si je m’étais mariée deux ans plus tôt, j’aurais invité les amis de ma prépa. Y avait tellement personne à mon mariage que dans l’album Facebook célébrant l’événement, j’ai mis des photos de la mer. Un bel endroit pour un mariage : avec la mer, le sable et tout. Y avait au fond plus d’action au large que dans l’église. La plupart de mes potes s’étaient même pas bien sapés pour l’occasion : pas plus habillés que pour le déjeuner dominical chez les grands-parents. Evidemment euphorique parce que j’étais persuadée de vivre le plus beau jour de ma vie, j’ai rien vu de tout ça. J’ai pas vu la mairie où je me suis mariée. Elle était pourtant moche, ridiculement petite ; en quelque sorte, pauvre. Le menu de mon repas de mariage était d’une tristesse absolue : melon, charcuterie, crevettes, gibier, fromages choisis au hasard, bûche pour le dessert ; à peine le niveau d’un cocktail de fin d’année dans un tennis-club de banlieue ouest parisienne. Mes amis ont été subjugués puisque pour eux c’était le raffinement à la Française. Tant mieux pour eux au fond.

Mais voilà le topo : aujourd’hui j’ai 24 ans, et je suis rentrée trop tôt dans la vie sérieuse. Alors dans sept ou huit ans, quand j’en aurai eu marre de me coltiner un homme que je n’aime déjà plus depuis des mois, je divorcerai. Je laisserai donc derrière moi deux gosses qui grandiront avec moi mais loin de leur père. L’un de mes deux rejetons finira par vivre tellement mal l’absence du père et l’arrivée de mon nouveau mec, qu’il me fera vivre un véritable enfer. Alors j’appellerai TF1 et ils m’enverront Pascal, le Grand Frère. On pleurera à la fin d’une semaine intense, mais on coulera de nouveau une fois les caméras de la plus grande chaîne TV française parties. J’ai 24 ans et si je mourrais maintenant je me sauverais peut-être. J’ai 24 balais, ma vie est déjà finie, et c’est bien fait pour ma gueule. »

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crédit photo : Lauren Bollock.

2 commentaires:

Automatic Druggie a dit…

j'aime vraiment cet article et ça sonne creux mais je ne peux rien dire de beaucoup plus pour signifier autant. en un sens merci.

DIMITRI a dit…

Merci aussi. Ce petit texte est inspiré d'une histoire vraie : j'espère que ça se finira pas cm ça, mais j'ai des doutes.