3 novembre 2009

Le coucher tardif déséquilibre la vie de l'enfant.

  

Le Duc De Boulogne

L'expression "Rap Français" est de celles qui font se dresser quelques bites mais surtout bon nombre de poils, un peu comme "émeutes de banlieues", "attaque nucléaire", "devoir surveillé", ou "douche romaine", entres autres. 

Parmi ceux que ça excite, quelques blancs-becs, secs, qui dealent un peu de teuch devant leur bahut, qui rêvent de violence, de s'imposer, de guns sans les roses, se sont biberonnés à ça dès que possible pour acquérir un peu de street créd', et ont bouffé du grec pour se refaire une virginité gastrique entre les barres.

Le Tallac

Les autres, quelques bourgeois qui s'encanaillent parce que mettre les pieds à Cergy-Pontoise c'est plutôt chaud, et que, de toute façon, aller choper la syphilis dans un lupanard de Barbès fait plus bander personne. Des types comme moi. Qui savaient pas où ils ont mis les pieds quand ils ont mis leurs écouteurs.

Attiré par le folklore prétendument banlieusard, par la quadrilogie mythologique "pute, coke, biff et wago", je croyais faire un saut chez Booba, et, en réalité, c'est lui qui a fini par débarquer chez ouam avec sa malle pour s'installer dans mon 20m² exigüe pour son mètre quatre vingt-douze, et entre les murs de ma boîte crânienne élargie par les grands espaces qu'il a ouvert. J'avais dans l'idée de tout maîtriser, comme quand j'approchai mon nez du miroir, et puis j'ai pris une caisse, un énorme coup de latte, un peu comme un retour de bâton, mais avec un tronc, qui m'a arraché la gueule et collé au mur. Y'a eu du sang, comme toujours, pas de larmes.

Boîte Vocale

Sorti d'un truc pareil, j'étais lessivé, mais j'avais l'impression d'être en intraveineuse de puissance, de bouffer des amphéts par les oreilles, d'avaler de la créatine rien qu'en recrachant des lyrics machinalement.

Evidemment, il y a les clichés, que l'on ne pourrait de toute manière pas critiquer ici tant on est adepte du format belles jambes belles gueules peu de vêtements/ego surdimensionnés et masturbation sur Statcounter. Les liasses, les biatchs, les spinners, le pokédex du panthéon du hip hop US, ce bestiaire où on pisse du fric et dégueule du sperme dont Booba est le plus sincère représentant Français. Et puis, il y a tout le reste. Quand la NRF lâche 20 pages sur lui, c'est ni pour la blague, ni pour te torcher le cul avec. Céline, Ellis, Artaud, Booba, même combat, celui de la violence comme art de vivre, subie, et domptée, contre mauvaise fortune bon coeur, contre départ sans thune bonheur. C'est la métagore, qui te prend aux tripes, se colle sur ta joue pour y laisser une trace rouge, et sur ton œil pour te faire voir noir, un gun et un chauve avant qu'il ne cligne, s'imprime sur tes paupières pour t'expliquer ce que veut dire "persistance rétinienne". 

Ma Définition

Ecouter du Booba, c'est voir un film en panoramique, dans une Géode dans un paysage de fin de siècle et de monde, une guerre des gangs sanglante et sans gants blancs, et devenir le roi du monde. C'est pas tout de se dire numéro 1(0), mais il faut encore l'assumer, et se donner les moyens de l'être, que ce soit avec un glock dans le froc ou en crevant la dalle. Lui y arrive, et te mène à croire qu'en sortant les doigts de ton cul tu y arriveras aussi. Un succédané de confiance en soi en mp3.

Martelés, les textes de Booba résonnent, les lignes se renvoient les balles, les punchlines sont du 9.mm, les césures en kevlar, les rimes internes créent l'écho qui noient les retours à la ligne et les cris des victimes, les sonorités se percutent comme deux Ferrari dans un rodéo nocturne, rayées par les barrières de sécurité, les dentales du Tallac calquées sur rien, les allitérations comme un série de tirs sur cibles mouvantes qui claquent dans l'air: le bitume avec une plume te fera bouffer le carrelage, mais c'est pour ton bien, et puis, de toute façon, tu y reviendras.

On M'A Dit



3 commentaires:

Isoongs a dit…

Oh putin le dossier Temps mort de booba.. Enorme

DIMITRI a dit…

très bon

Anonyme a dit…

un de tes meilleurs articles vadim