4 février 2010

En fait, Facebook c'est chiant.


Je vous préviens, c’est un article de connard réac’ qui dit que c’était mieux avant avec plein de jugements de valeur dedans, et qui aurait pu être écrit par n’importe qui -si ça n’a pas déjà été fait- pour parler de moi, sauf que là c’est moi qui l’ai écrit et je parle des autres.

Si on faisait un beau nuage de tags avec les groupes et les fans pages de mes amis, on découvrirait qu’ils vont tous à la messe, sont entre autres alcooliques, scatophiles, drogués, pédophiles, prostitués, nécrophiles ; j’en passe et des meilleures, l’éventail des pathologies mentales et autres déviances sociales étant assez large pour qu’on lui consacre un dictionnaire.

Facebook et les réseaux sociaux ont fait de nous des Pygmalions, à la fois Victor Frankenstein et son monstre. Une liberté totale dans la définition de soi, dans l’autodéfinition de soi, une confusion absolue de notre moi réel, de notre moi projeté, de notre moi perçu et de notre moi désiré. On pourrait parler de désir mimétique à l’œuvre dans une redéfinition de la « coolitude », dans la concurrence entre les groupes et les fans pages et les effets boule de neige provoqués par leur apparition dans une TL. La coolitude, c’est d’être provocateur, de joindre des groupes/fan pages second degré, super dérangeants, trop choquants quoi, qui sont vraiment une insulte aux gens qu’ils stigmatisent. Wahou, dit comme ça, on dirait une entreprise visant à foutre le bordel dans le pays avec tous ces gosses irrespectueux de l’ordre établi, de la morale, de la hiérarchie sociale ! Mais, comme me le notifiait Juliette, il est intéressant de remarquer que ce genre de déclarations fracassantes passe beaucoup moins bien IRL, où, d’un coup, on ne retrouve généralement plus personne pour suivre celui qui lâchera une bonne grosse vanne raciste.

Ce que je reproche à Facebook, c’est d’avoir tué la provocation, le second degré, d’avoir aseptisé le scandale, donné naissance à un sous-humour choc dénué d’intelligence. La bannière second degré rassemble tout et n’importe quoi et est prétexte à tout et n’importe quoi : blagues à la limite du racisme ou d’une simple méchanceté crasse, simplification à l’extrême qui rassemble sous l’oriflamme d’un soit disant humour noir tout et n’importe quoi à partir du moment où cela serait choquant. Je suis désolé, mais « Il n’y a pas de pédophiles, il n’y a que des enfants faciles », ce n’est même pas drôle, ce n’est même pas choquant, c’est juste un tantinet ridicule, rien qu’une blague ratée, pas de quoi en faire tout ce pataquès. L’histoire du quota de nobles dans les grandes écoles, la suppression de Facebook pour les laissés pour compte de la particule, même topo, et ce ne sont que deux exemples. Et je dis pas ça parce que je suis un roturier.

Pourtant, dans le même temps, cette provocation cheap, ce faux humour noir est incompris par certains, ce qui donne lieu à des charges dont l’objet est aberrant : on a ainsi vu récemment le créateur du groupe « Ca aurait pu être pire, j’aurais pu être blonde et aimer les chevaux » subir une sorte de Fatwa et nous enjoindre à quitter son groupe pour lui éviter des poursuites judiciaires (sic). L’humour noir, la provocation nécessitent un minimum de sérieux dans la forme comme dans le fond, ce qui n’est pas le cas sur Facebook : les réactions outrées ne sont que celles de crétins incapables de discerner que ces groupes sont des tentatives d’humour, ce qui constitue un exploit vu leur formulation extrêmement poussive généralement. (Ca ne mérite donc vraiment pas qu’on s’y attarde). Je préfère personnellement le style « Michel Fourniret ne m'a jamais fait le moindre mal », qui a le mérite d’avoir un titre sérieux, réfléchi, mais qui va bien plus loin, qui est bien plus dégueulasse : au premier abord, ce n’est pas si drôle, mais les implications d’une telle affirmation sont fondamentalement plus atroces, parce qu’elles touchent aux victimes, et on se trouve, là, dans le domaine de l’humour noir, qui est celui qui n’a pas l’air d’être de l’humour. Je ne cautionne aucunement les actes de Fourniret hein, ni ne milite pour répandre l’idée de son innocence, mais j’aime qu’on rie des choses graves avec subtilité. 

Pour faire simple, ce que Facebook a supprimé, c’est ce moment de silence lorsqu’à l’oral est prononcée une horreur au fond humoristique, cet instant de doute sur les intentions de l’orateur, de gêne, avant le rire libérateur. Maintenant, on est dans un humour noir niveau Bigard : crasse, vulgaire, facile, celui qui fait rire de manière immédiate, on est sur le créneau « Gad Elmaleh tape sur les blonds dis donc mer il et fou dans sa teuté ».

Des pédophiles, des alcooliques, des clones d’Alex DeLarge haïssant pauvres, gitans et clodos, du Dieudonné en somme, quand on le compare à Desproges : de l’humour lourdingue qui tire à boulets rouges sur des corbillards dont personne n’a rien à carrer. De l’aseptisé, l’équivalent de Good Charlotte en groupes facebook, rien qu’une apparente provocation qui n’en est plus car elle est devenue la norme, rien qu’une simili rébellion sans fondements, sans buts. Alors, je ris d’Haïti, je ris des Togolais, je ris de la Shoah, je ris de l’Equipe de France de Football, je ris des chinois et parfois j’arrive à rire de moi-même. Peut-être que ça vous fait pas rire, mais l’humour noir, c’est ça, c’est cruel, violent, gratuit en apparence, c’est celui qui met mal à l’aise et déclenche un rire nerveux, qui tape sur des plaies à vif, pour changer quelque chose, la vision qu’on a d’un problème. Rien de tout ça sur Facebook, il faut chercher ailleurs pour trouver de la dérision, une vraie subversion par l’humour.

« Dylan, mets ta chemise on va au Buffalo Grill » pourrait parfaitement rentrer dans les cordes de cette définition s’il ne me donnait pas envie de pleurer deux secondes après mon rire nerveux. En attendant, je vais me mater Les Juifs, de Desproges.

Heureusement, il nous reste l’absurde.

13 commentaires:

lover_du_23 a dit…

Petit, je t'aime bien. Et je suis fondamentalement d'accord avec toi. Je n'ai, tristement, rien d'autre à dire sinon que tu sembles avoir pointé du doigt un mal qui sort largement du cadre 2.0, celui du "second degré lol partout", le "on peut rire de tout" qui se revendique d'ailleurs de Desproges himself cité à tort et à travers par des amoureux de la liberté d'expression, notamment parce qu'elle leur permet de vivre une minute de gloire à travers des fan pages LOLILOL à 15.000 membres. Le problème, c'est pas que ça choque, ni que ça brusque, ni que c'est vulgaire ou malsain, juste que c'est... pas drôle. Je l'ai dit à quelqu'un, un jour, il m'a répondu à la suite qu'il était libre de dire ce qu'il veut, et ensuite que je disais ça parce que je suis un vieux réac "parce que on doit rire de tout". Desproges a oublié de dire "mais pas n'importe comment". Le monde souffre.

Vadim P. a dit…

Personnellement, je suis partisan du "on peut rire de tout", et le "pas avec n'importe qui" de Desproges m'emmerde un peu, bien qu'évidemment faire des vannes sur la Shoah a un petit-fils de déportés soit tout sauf drôle.

C'est surtout le "pas n'importe comment" qui m'importe comme tu l'as dit, merde quoi, c'est rien qu'une exigence de qualité.

Laurent a dit…

Voilà pourquoi celui qui joint 5 groupes humour noir à la suite (de préférence Science Po-bankable avec des références aux dictateurs africains, etc) devient rapidement insupportable, pareil pour celui qui exploite la veine "étudiant fêtard" avec maintes fan page sur l'alcool, les cuites, la gueule de bois etc. De même que se moquer des kikous n'est qu'une manière de stigmatiser la misère intellectuelle de ceux qui ont un capital culturel inférieur au notre (sans vouloir susciter de débat sur la pertinence de Bourdieu bla bla). Pourtant on le fait quand même pour être plus drôle que son voisin. Faute avouée, à demi excusée ?

Vadim P. a dit…

Comme je l'ai dit, cet article aurait pu être écrit par un autre et me fusiller moi: d'un point de vue des groupes, j'ai d'autres défauts que ceux que je stigmatise, mais ils sont tout aussi irritants. Alors oui, pardonné.

Et si t'es le premier à les joindre, ça va.

JonasLaPute a dit…

Absolument vrai, il y a quelques semaines j'ai fait une blague limite à une anglaise d'origine indienne à une fête ( ok, je la connaissais pas très bien, elle est étrangère, le second degré passe mal la barrière de la langue, donc le "got curry ?" a causé un gros blanc) et toute l'assistance française, plutôt avide car sciencesputienne de groupes vadimpoulesques, m'a fusillé du regard. J'avais envie de leur dire bande de connards, toi et ton facebook c'est pas la même personne ?
Mais libre à chacun d'être cohérent avec son profile. C'est quand les gens sont plus cohérents avec leurs eux internet que ton article s'applique.

Vadim P. a dit…

Ouais Jonas, t'es tombé sur des cons, ça arrive souvent.

Je sais pas si c'est possible d'être complètement cohérent avec son profile justement.

Anonyme a dit…

http://suicidemachine.org

Guillaume a dit…

Un léger côté captain obvious, mais le ton de l'ensemble est juste, assez rare dans ces pages ; ça pourrait limite m'y faire revenir un jour.

xpn. a dit…

Vadim, je n'ai pas rejoint le groupe qui illustre ton article en image pour provoquer mais bien parce que j'appartiens "vraiment" à cette caste de déviants...

Bonhomme a dit…

ça fait quand même 6 ans que ça existe facebook...
il est temps de s'en rendre compte.

Vadim P. a dit…

Bravo bonhomme pour ta contribution intéressante.

Comme tout, Facebook s'est délité au fur et à mesure, gangrené par les bolosses qui s'y sont inscrits et trouvent que le paroxysme de l'intelligence est de traduire des groupes anglais en français. Désolé, mais ça n'a pas toujours été le cas.

Automatic Druggie a dit…

moi j'ai bien aimé le commentaire de xpn, je crois que c'était le plus juste de tous.

camille a dit…

Oh la petit ! tu m'a séduite, cette article est parfait. La haine brouillons que j'avais pour cette daube a était joliment retranscrite !

Une chose est sure, Pierre mathieu devrait retourner faire des interview pour Jeun&Jolie ,ça lui allait mieux .