6 février 2011

Histoire vraie


C’est Simon qui avait ramené cette meuf, et dès le début y’avait un truc qui clochait. Simon était toujours propre sur lui, sa petite mèche bien rabattue, hyper banlieue Ouest lyonnaise. La meuf avec lui avait une sale gueule, et semblait absolument vouloir avoir l’air hyper chaudasse, hyper bonnasse. Le moins qu’on puisse dire c’est que c’était un bel échec. Elle portait un vieux t-shirt détendu avec des grosses rayures blanches et bleu passé qui devait venir de chez H&M, qu’elle avait fait glisser sous son épaule du côté gauche, pour laisser dépasser la bretelle d’un soutien-gorge de mauvaise qualité. Je me suis fait la réflexion qu’elle aurait mieux fait d’aller acheter une marinière chez St James. Elle avait une sale gueule, et c’est pas son cul qui allait rattraper les dégâts.

Il m’en avait vaguement parlé, « mec, elle est dingue, elle a vraiment pas de limites, c’est une vraie salope », il avait dit, mais à la regarder assise dans un coin à boire du mauvais rosé comme du Château Margaux j’ai senti comme un souci. Elle puait l’insécurité à l’autre bout de la pièce. J’étais un peu saoul et je me suis assis à côté d’elle.

T’es une pote de Simon, j’ai dit, et elle a fait ouais de la tête, genre qu’est ce que ça peut te foutre. J’ai dit, t’as pas l’air hyper à l’aise, tu veux que je te présente ou quoi. « Nan mec, j’en ai rien à branler de ces gens, qui me regardent et qui me jugent, comme s’ils allaient me donner envie de changer, j’leur pisse au cul, ils peuvent pas me détruire. » Qu’est ce que tu fous là alors ? J’suis pas comme toi, ou Simon, qui sortent pour survivre, ou parce qu’ils ont pas d’autres issue, qui espèrent que les choses s’amélioreront, nan je sors parce que ça me fait tripper de voir des sales gueules de petits bourgeois qui picolent en se croyant le centre du monde et qui pensent qu’il y a pas d’électricité au Maroc, qu’il y a pas d’alcool qui circule, pas de génération perdue, pas de toutes ces conneries. Ouais, enfin, j’ai dit, ça fait un bout de temps qu’on est passée de la perdue à la X puis à la Y, hein. Si on te file tant la gerbe que ça, casse-toi. « Nan, vous me faites marrer, JE ME FOUS DE VOTRE GUEULE, JE SUIS EN TRAIN DE ME FOUTRE DE VOTRE GUEULE, JE VOUS EMMERDE. J’ai ricané hyper bêtement, et je lui ai dit qu’elle allait en avoir, des emmerdes. Elle m’a regardé par-dessus ses lunettes, avec un vague air de défi et j’ai soufflé par avance, avant qu’elle dise : ça me fait triper, si ce soir on me fout un revolver sur la tempe et on me demande de stopper tout ce bullshit, j’cherchrai pas à rétorquer, et je me barrerai à NY. C’est ça qui me tient en vie, pas vos conneries, les routes et le cinéma. Elle est devenue mélodramatique : tout le reste n’est que putain de décoration, moi je suis de ceux qui font comme, qui font semblant, c’est dégueulasse mais je le fais quand même parce que je m’en branle de cette vie, des cinquantaines de gens que je vois en soirée, je m’en branle de comment ils me regardent, de ce qu’ils pensent ou de si ils me trouvent conne. J’arrêterai de faire semblant le jour où il y aura quelqu’un qui voudra de mon scénar.

J’ai dit, l’air subitement intéressé, ah ouais, t’écris un scénar ? Ca m’intéresse putain.

Ouais, elle a répondu, et je sais pas pourquoi elle m’en a parlé parce que ça devait être assez évident que je la méprisais, mais en même temps, je voulais vraiment savoir à quoi son cerveau apparemment tordu avait donné naissance.

C’est l’histoire de cette fille, elle vit à Alger pendant la guerre d’indépendance, et puis ses parents sont des harkis, et un jour après la libération parce que la France a pas voulu les aider, tu vois, ils ont dû rester en Algérie sauf que les arabes leurs sont tombés sur la gueule. Donc là ils débarquent, ils tambourinent à la porte, c’est la première scène du film, et les moudjahidines violent sa mère dans la chambre, elle elle est cachée dans une double cloison dans l’armoire, elle voit tout et elle entend sa mère hurler et son père supplier puis ils sont tous les deux tués et elle a le temps d’apercevoir le chef de la bande avec son bandeau sur l’œil et d’entendre son nom et elle promet qu’elle se vengera. Elle va rencontrer trois adolescents avec des histoires similaires, un qui a été abusé par le même chef, un autre dont les parents et la sœur ont été égorgés devant lui mais qui a été laissé libre et puis un dernier qui est un gamin des rues orphelins qui a eu maille à partir avec le borgne, et ils vont s’associer, faire une sorte de pacte du diable et tracer des pentacles parce qu’ils sont satanistes mais au final en fait ils vont être piégés par le borgne qui va leur avouer que c’est lui leur père et il va les torturer à la mode SM dans une scène finale qui va exprimer tout le pessimisme de la vie, tu vois ?

J’ai rigolé à ce moment-là, j’ai pas pu m’en empêcher. J’ai dit, hahaha sérieux, tu trouves que ça tient debout, tu penses vraiment que ça va intéresser quelqu’un ?

Elle a dit, tu te fous de ma gueule, mais t’as pas compris que c’est l’histoire de ma vie, tu connais pas ma vie, tu sais pas par quoi je suis passé, putain, la rage, la colère… j’ai tout jeté mec, j’en suis plus là. J’aurais pu tuer des gens, me tirer une balle dans la tête parce que je comprends pas qu’on est juste là pour jouer un jeu, putain tout ça ça a du sens, tout a du sens, y’a des putains de messages dans tout ce que je fais. Moi j’veux pas lâcher, j’ai vu trop de gens lâcher, mon oncle, ma voisine, j’suis sa seule amie, mais j’suis pas le Messie, j’fais ce que je peux pour aider les gens, mais j’lâcherai pas, j’suis la force irrévocable dont parle Oscar Wilde dans ses bouquins. On peut essayer de déverser son mal-être sur moi pour essayer de me foutre à terre, mais personne me détruit, plus aujourd’hui, surtout pas tous ces frustrés. J’suis la force irrévocable.

Ok, donc t’es une ado merdeuse en rébellion contre tout le monde, qui rêve de voir NY et de faire un road trip en Thunderbird sur la Route 66 en écoutant Dylan je parie. Ouais, c’est original…

Nan mais tu te prends pour qui, genre t’as vu le monde, genre t’y connais quelque chose, je suis une énième ado merdeuse qui rêve de faire un road trip en the... tun...thundor... thunderbu... thanderburd... ah, zut. Ramène moi une seule meuf de dix-sept ans qui a envie de faire un road trip en Thunderbird, non wait, commence par m'en ramener une qui sait prononcer le nom correctement, je l'épouse ce soir.

J’ai été pris de fou rire et j’ai allumé une clope.

Tu te fous de ma gueule elle a demandé ?

Comment j’pourrais faire autrement ? T’es vraiment con hein.

T’as oublié ce que je t’ai dit ? Je me fous de votre gueule. Je peux pas te laisser penser que je suis vraiment con, et quand bien même tu le penses vraiment au fond de toi, je peux pas te laisser penser ça. Se foutre de la gueule de connards prétentieux c’est ma spécialité. Ils croient que je suis naïve, niaise, sensible et qu’eux ils ont une intelligence hors normes, qu’ils causent de la vie, rois du monde, rois qui me bouffent le cul, ils sont juste capables de name dropper comme des connards, des putains d’hipsters nombrilistes instables. Comme tous les gens ici, you mean shit to me, y’a que Simon à sauver j’sais pas c’qu’il fout avec vous putain. Toi, t’es le pire, t’es qu’un enculé de prêcheur, un bad boy à la mords-moi-le pif qui se croit dans un bouquin d’Ellis, mec, ta vie sort pas du manuel de Vegas, va torcher le cul d’une meuf bonne. T’es juste un autre mec qui s’intéresse à moi, qui me permet de me faire connaître, moi j’m’en branle qu’on me déteste, qu’on m’aime, enfin non, ça me fait jouir, quand mon film sortira tu seras juste un connard à jubiler sur mes dialogues à qui j’pomperai tout le pognon. Va te faire foutre sérieux.

The Great Pan Is Dead - Cold Cave :

The Cure plus de l'électro crado que j'aurais honte d'écouter seul pour un résultat qui déchire. PS: plus c'est fort meilleur c'est.

Dreams - Big Sean : trop de luv' bébé

15 commentaires:

Anonyme a dit…

Tu dois vraiment etre un sacré merdeux Vadim.

(ouais je suis en anonyme, mais ça ne change rien ça ne change pas le sujet du commentaire)

(en fait je me demande si t'écris pas juste pour tr faire tuer dans les commentaires et te sentir détesté, une sorte de type exceptionnel qui écrit tellement bien qu'il est incompris de tous)

Vadim P. a dit…

"Un type exceptionnel qui écrit tellement bien qu'il est incompris de tous"?

Am. a dit…

Cette conversation sonne comme un monologue

Cauchemardesque a dit…

À propos de monologue c'est à se demander si tu ne te laisserais pas des commentaire en anonymes Vadim.

Vadim P. a dit…

@Cauchemardesque et @AM Ouais c'est vrai, je suis schizophrène, j'avoue.

Am. a dit…

Aha non je parlais de cette histoire vraie et de ta conversation avec cette fille.

Vadim P. a dit…

Oui c'est logique, hein, c'est le principe qui sous tend une conversation rapportée, que ce soit un monologue.

Emmanuelle a dit…

En toute sincérité ce texte est complètement nul et inutile et chiant. Mais j'aime bien, voire parfois vraiment beaucoup, tes autres textes, sinon.

Méliné a dit…

Ton blog est chouettement coolz ♥ (:
Bisous doux (:
retro-junk.blogspot.com (:

Am. a dit…

Monologue au sens de cas de conscience avec ta jumelle maléfique, genre.

Vadim P. a dit…

Am., t'es complètement barjot, mon double parle correctement.

Am. a dit…

Avis purement subjectif, hein, sans rancune

Anonyme a dit…

c'est moins bon qu'avant tout ça

Anonyme a dit…

haha j'ai pensé la meme chose au sujet du double maléfique et le Vadim serait lyonnais? Le côté bourge de l'ouest ca m'a bien fait sourire

Vadim P. a dit…

Ben ouais, Ouest-Lyonnais ftw les gars.

Bon et pour mon double arrêtez-vos conneries.