10 février 2011

In the Shadow of Young Girls in F(ol)lowers


Le feu passe au vert et je démarre. Hannah allume deux cigarettes, et je la regarde faire dans le rétroviseur. Elle en glisse une entre mes lèvres pendant que je fixe la route qui disparait dans le soleil plus loin, liquéfiée ou réduite en poussière par la lumière, je n’arrive pas à le dire. Je ne me rappelle plus.

C’est l’été comme jamais et l’habitacle de mon Austin est lentement rafraîchi par le vent qui passe par le toit ouvrant et les fenêtres baissées. Je la raccompagne chez elle, en passant par ces banlieues bouffées par les magasins en tôle qui défilent comme dans Zabriskie Point.

Nous nous sommes vus pour prendre un verre sur les berges, dans la ville éclaboussée de chaleur. Il était 15h et les immeubles haussmanniens avec leurs intérieurs bourgeois étaient repliés sur eux-mêmes pour conserver un peu de moiteur, pour se protéger de l’éclat du mois d’août qui rebondissait de trottoirs en façades. Les rues étaient vides et blanchies par le soleil, et le café délaissé, rien qu’une tablée de vieux bruyants attaqués au pastis et quelques pétasses blondes, faussement bronzées, typiques du quartier, avec un clébard dégueulasse, qui courraient de tables en tables en jappant.

Je connais un peu Hannah, comme on connaît quelqu’un que l’on n’a pas trop fréquenté au lycée mais avec qui on se retrouve à discuter parce qu’on a finalement plus de choses en commun qu’on ne le pensait quand on se regardait de loin, à l’époque où il y avait encore un coin fumeur dans la cour en gore, entre les marronniers et la palissade en métal peinte en vert. On peut appeler ça l’estime ou comme on veut, j’ai un peu de mal avec les concepts des relations sociales, mais toujours est-il qu’on se voit peu mais qu’on s’apprécie, que dans une certaine mesure ça nous fait du bien.

Nous parlons cinéma, de comment l’Avventura m’a rappelé la Grèce et les sorties en voilier etc., et puis de pas mal d’autres choses, et elle finit par me dire :

- T’es plus aimable en vrai que sur internet, tu sais.

Je ris doucement. Je jette ma cigarette par la fenêtre, m’arrête sur le bas-côté. J’en rallume une, je lui tends le paquet, qu’elle prend et jette là où se trouvait la boîte à gants.

- Ouais. Non, je sais pas - je fais des pauses entre chaque phrase. Je peux être hyper connard en vrai aussi, je l’ai été un paquet de temps même. J’suis pas non plus hyper love maintenant, mais ça dépend quoi. C’est un peu comme les deux faces d’une même pièce, tu vois ? Je sais pas trop comment expliquer, je suis comme ça et je suis pas comme ça. Sur internet, raconter quelque chose de plaisant, d’agréable a peu d’intérêt sur tous les plans, c’est juste bien et basta. Je prends une voix théâtrale pour dire : «Et puis surtout, connais-toi toi-même, c’est ça le vrai but de mon blog »

Elle rit et elle dit qu’elle voit ce que je veux dire.

- Mais je suis las, un peu.

- Comment ça ?

- Ca m’ennuie d’être un merdeux tout le temps, qu’on s’attende à ce que je sois forcément un connard. Personnellement j’ai toujours cru que les gens pouvaient lire le subtext, la théorie de l’iceberg tout ça, que finalement le présupposé est le contraire de ce qu’un texte exprime, et que la complexité d’un caractère est rendue que parce qu’on sait que ce qui est écrit n’est pas la seule chose qu’un truc veut dire. Mais je suppose que les connaissances en psycho sont pas également réparties, je suppose que les gens sont cons, ils voient ce qu’ils veulent voir et après ils te blâment pour ça. Là, tu vois, je suis bien et j’ai pas de mauvaises pensées ni rien, j’ai pas l’impression d’être celui qu’on croît ou qu’on attend que je sois, j’ai pas l’impression que t’attendes un truc de moi en particulier. C’est cool.

- Ouais, clairement, la plupart des gens sont assez superficiels hein. Mais, aussi, tu crois pas que tu décides d’être désagréable, ou que tu vas te faire chier et que les gens seront cons, ou que tu choisis d’être aimable ?

- Si, sûrement. Ouais, si, bien sûr que je choisis. Je me sens mieux quand je suis pas un enfoiré, ça me fait du bien. (« It’s sort of what we have instead of God », je pense) Mais bon, aussi, sur le moment j’adore être une pute. Si quelqu’un veut voir un truc je lui donne, après qu’il vienne pas se plaindre, tu vois. Je sais pas, c’est une histoire d’équilibre. Les histoires de protection, tout ce bordel. Ca nous avance pas plus quoi.

Je redémarre et nous faisons comme si je n’avais rien dit et je crois que c’est mieux ainsi.

Je la dépose devant chez elle, je lui souris et n’essaye pas de l’embrasser ni rien, je fais simplement un signe de la main après avoir claqué sa portière. En repartant, évitant les reflets du soleil avec mes lunettes noires, je réalise que je suis bien moins malheureux que j’essaye de me le faire croire.



Mon petit style gay, j'ai toujours aimé les morceaux instrumentaux, plus ils sont simples, plus ils sont cons, plus ça marche. Les meufs c'est les photos vieillies à Photoshop + une phrase bidon en Helvetica, moi c'est les morceaux instrumentaux, et encore plus quand c'est une simple phrase répétée à cors et à cris et à l'envi pendant deux minutes, agrémentée de choeurs noyés (enfin perso moi j'entends des choeurs mais je suis potentiellement fou) et de sons synthétiques pour marquer le pas, imprimer un rythme un peu chelou, un peu à contretemps. Ca me donne moins envie de me suicider que "your name ain't Gem" James Blake et ça me tire autant les larmes, même si c'est censé être plus joyeux, tu sais moi la mélancolie c'est mon talent d'Achille, mon épée de Damoclès, donc c'est un bon compromis.


(et nique les Strokes nous on s'en fiche)


Ouais encore du Cold Cave mais à la sauce Delorean, parce que c'est le meilleur remix de Twenty-ten, gavé de soleil jusqu'à la moëlle et épileptique et brûlant, voilà.

9 commentaires:

L a dit…

J'ai un petit jeu maintenant quand je viens sur votre blog. Je lis le texte et j'essaie de deviner qui en est l'auteur. Là il m'a suffit de lire "théorie de l'iceberg" pour démasquer Vadim haha

Anonyme a dit…

moi il m'a suffit de lire "cigarette", entraîne toi un peu.

Anonyme a dit…

hannah > sarah (?)

Vadim P. a dit…

ouais, 2 H > 1 H.

Anonyme a dit…

Faute avouée à demi-pardonnée.

Anonyme a dit…

Je pourrais savoir d'où sont tiré toutes les photos ?
Merci

Anonyme a dit…

internet.com

cé a dit…

j'aime beaucoup ce texte mais t'as écrit 'talent d'achille' exprès ou ya vraiment une faute?

Vadim P. a dit…

Nan nan c'est bien fait exprès.