2 juin 2010

Une piste à suivre.


Je suis dans les transports en commun. Un bus, un métro, un tramway, une carriole, prenez ce qu'il vous plait, j'en ai rien à foutre peu m'importe. De mon côté, je n'utiliserai pas le terme métro ou tramway mais traquenard. Une personne est entrée dans ma vie comme elle est entrée dans cette boite, l'air de rien. L'air de rien, elle a soulevé majestueusement sa jambe droite pour franchir la porte grande ouverte, sa jambe gauche suivant sa consoeur dans une sorte d'élan fraternel avec violons, tambours et trompettes en bande originale. Le chef d'orchestre coordonnait le tout, prenant soin de ne pas aller ni trop vite ni trop lentement. Rien ne paraît faire flancher ou réagir la mystérieuse personne qui a eu, dès que son pied gauche fut posée, la main mise sur cette espace dont je faisais partie, comme un hold-up prémédité. Aucune possibilité d'appeler la sécurité, aucun foutu bouton rouge pour lancer une alarme silencieuse et rameuter le GIGN.

On était tous comme des cons, tous à sa disposition, nos vie, nos morts, nos visages décomposés. Autour de cette arrivée à la fois fracassante et langoureuse, tous les regards se sont agités, le mien subitement, comme captés par un mouvement furtif, une ombre qui serait passé dans notre dos à la lumière d'un réverbère. J'ai rien pu faire, j'étais pourtant sûr de ne pas pouvoir me retrouver dans un tel engrenage, un casse de transport en commun. Ma mère m'avait prévenue qu'il "faut que tu fasses attention. Parfois, il y a des mauvais gens". Ma voyante, cette sale conne, elle m'avait pas dit, elle avait pas compris mes lignes de main. Non vraiment, car j'ai été énervé après coup d'avoir mis 50 billets pour seulement savoir que j'allais réussir professionnellement et devenir pauvre alors que j'en avais rien à secouer. Ce traquenard dans lequel j'étais pris, c'est ça la vie, c'est ça qu'elle aurait dû prévoir, c'est ça qu'elle aurait du me dire. Ma mère, je lui pardonne, elle était trop vague.

J'étais sûr de l'avoir aperçu le premier avant qu'elle est eut ce putain de mouvement de balancier qui hante désormais ma mémoire, si naturel et pourtant si complexe à reproduire pour une femme. Elle s'est alors doucement posée, son corps plaqué contre une de ces vitres que j'enviais, ses jambes fines en croix, doucement bronzées, qui semblaient te dire "fais péter ton portefeuille, j'ai un rencard, magne, ma collègue m'attend en voiture au coin de la rue". Ces jambes en croix, ça m'a tué. Elle était l'archétype, le stéréotype - n'importe quel mot en type qui vous conviendra, de l'envie contre la vulgarité, cette dernière se faisant battre à plate couture. K.O. Aucun mouvement brusque de tout le trajet, seulement un jupe légère volatile qui flottait selon les souhaits hasardeux de la vitesse et de ce pervers de vent. J'étais transporté, je ne savais plus trop pourquoi j'étais dans cette boite qui roulait à toute allure vers une destination qui me paraissait maintenant inutile. Qu'est ce que je foutais là déjà ?

On dit qu'on utilise que 10% de ce cerveau. En comparaison avec l'entrée de cette magnifique blonde, je devais être aux alentours de 2%, et encore. Complètement ivre mort, je n'essayais pas de chercher mes clés mais bien les vagues souvenirs de mon ancienne existence, celle d'avant cette rencontre du 3ème type : un trajet, une carte d'identité, j'en avais même oublié mon nom et ma fonction dans ce bas monde tel un Jason Bournes sans muscle. Avant de sortir, elle m'a jeté un regard, ce qui m'a fait renaître, puis assassiné quand elle est sortie. Le métro, maintenant que je me souviens où j'étais, c'est comme une roulette russe et pour tout vous dire, je me suis pris une balle en pleine tête. Un éclair, puis la nuit. Pendant quelques unes de ces nuits, j'étais dans le coma, voyant seulement le film de ces quelques minutes recommencer à en devenir cinglé, à tuer son chat et à mettre du papier cul dans un frigo.

Mon colocataire anglais n'a pas compris pas ce qui m'est arrivé même si j'essayais péniblement de trouver des mots valables qui lui fasse voir un beau dessin de ce que j'avais vécu. Rien à faire, il est décidément trop con. J'ai même essayé de lui traduire du Baudelaire. Deux semaines après, je suis parti voir un psychologue dans le Nevada. Rien n'a fonctionné .J'ai du alors prendre les grands moyens et engager les mecs qui ont joué dans Eternal Sunshine of Spotless Mind et, cette fois-ci, ça a marché, tous mes souvenirs ont été supprimés de la carte de mon cerveau. C'était assez facile pour eux, je n'avais aucun objet, aucun souvenir ayant appartenu ou ayant un rapport avec ma vision. J'ai donc oublié. Jusqu'à maintenant, là, dans le même métro que j'avais pris il y a deux ans. Elle est réapparue, toujours aussi longue, mince, en douleur majestueuse.

Less Unless - Civil Civic

(Egalement sur Soundcloud)

(Credits photo: Bao Tu Ngoc)

9 commentaires:

Anonyme a dit…

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Anonyme a dit…

encore un bien bel article de vadim!

Matthieu M. a dit…

qui n'est pas de Vadim, mais d'un guest, Louis. ;)

Vadim P. a dit…

Eh Anon n°1 tu t'es cru sur Skyblog?

Viensviensmoijtedefoncetoi a dit…

Ca sent l'exercice de style.

Chloé a dit…

Merde, en lisant l'article je me suis dit qu'on allais pouvoir dire à Vadim que pour une fois c'était pas top (le genre de satisfaction jury nouvelle star). J'ai l'air con.

marc25 a dit…

Un grand plaisir à lire cet article, bien cousu et rythmé. pas frangien pour un sou

Anonyme a dit…

Inspiré par la revue de Kenza cet article enjoué, tu crois l'anonyme? Jme suis posé la question aussi rapport aux jambes doucement bronzées tout ça .

Louis a dit…

Je viens d'apprendre l'existence de cette revue en te lisant. Donc non, pas d'inspiration de ce côté là.