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30 novembre 2010

Fabriqué en Chine


Je revois l’été en regardant dans mon verre. Saouls dans l’avion à coups de porto et de whisky, le cagnard brûlant, partout, les nuits en caleçon sur la terrasse en pierre à regarder les étoiles en buvant doucement de la bière ou du vin blanc ou rouge, le sable et les mégots enfoncés dedans, les peaux brunies en maillot de bain, les barbecues dans le jardin à l’herbe jaunie, brûlée comme nous, les maisons blanches et bleues sur le ciel uniforme et les églises orthodoxes qui sentent l’encens, les journées à la plage à nager jusqu’à la bouée et à lire, une paire d’enceinte sur une serviette, le feu d’artifice sur la marina, les cocktails et les bières et le whisky et la glace que nous achetons par sacs pour nous rafraîchir le soir et les sorties en voilier à plonger dans l’eau turquoise et chaude depuis la proue ou la poupe sous le cagnard encore et les jambes agitées pour faire du surplace dans la mer avec le fracas doux de l’eau contre les rochers, avec le vin blanc le midi et le souffle des vagues et les criques avec des rochers couleur sable et l’eau transparente et les bancs de sable, les lunettes de soleil inamovibles et Stereo Love à pleine puissance partout où nous allons et la petite voiture avec laquelle nous parcourons l’île et ses routes pleines de poussière en hurlant, les jeux de cartes stupides et les informations à la télévision grecque avec le son coupé et les nuits en club avec les bouteilles volées, encore plus de rires que d’habitude et les bagarres qui explosent presque et les filles, toujours françaises, et les cris et les cendres et les baffles assourdissantes et les dry martinis mal dosés et puis la brune aux cheveux courts et bouclés et la bouche narquoise en marinière, juste avant de partir, réticente, prise, dit-elle, qui change d’avis très vite quand je l’embrasse et qui me tire en courant vers la plage où nous couchons ensemble et puis Pierre et son air de chien mouillé et le sourire de Claire quand elle est contente et Dorian, saoul, qui danse en portant une chaise, et Malcolm qui roule les joints que nous fumons affalés dans les chaises longues et les courses poursuites dans les rayons du supermarché avec les caddies plein d’alcool et de tomates et de concombres et de tatziki, les parties de football ridicules sur la plage, et les dernières gouttes de bière qui bouillent au soleil sur les tables en bois posées à côté des transats à 4 euros l’après-midi et encore Stereo Love et puis la vue sur les ferries le matin en buvant le café sur la terrasse et les bougies, le calme bleu, du ciel et de l’eau et le mien, et la crème solaire dans les dos délicieux et les bretelles qui tombent, et puis le retour triste, et plus d’alcool encore dans l’avion.

American Mourning - Bikini

R.I.P. - Bikini

Il est un peu tard pour que j'puisse en parler sur quinze lignes, et puis je regarde Dexter, après avoir fini les Sopranos, j'ai besoin de combler une sorte de vide intérieur lié à la perte de Tony Soprano dans ma vie, même si la saison 4 est un peu nulle, j'avais abandonné et il m'importait de savoir ce qu'il advenait du Trinity killer. Donc Bikini, le truc le plus obsédant entêtant que j'aie entendu cette année en matière électronique, c'est tout ce que j'aime et plus encore. Et ils étaient là samedi, mais mon compte en banque bloquait à 6 dollars, que veux-tu que je te dise, où veux-tu que je regarde?

25 novembre 2009

Tuer un ver de terre.


Il est deux heures, je rentre de soirée, sobre. Je sais désormais pourquoi je bois.

Il s'est rappelé à moi par un fake qu'il aurait orchestré, le délicieux et beau (dans un sens un peu Curtisien) Bark Cat Bark: un supergroupe, avec, il me semble, un membre d'Arcade Fire, Zach Condon et lui, ce qui ne semblait pas surprenant dans la mesure où ils avaient déjà commis un titre ensemble. Supporté par un message attribué à Zach, il ne s'agirait que d'une fausse rumeur lancé par Josh Todd, leader et seul membre de BCB. Difficile d'en apprendre plus sur ce garçon qui a le visage de ceux qui ont grandi en décalage et le resteront toute leur vie, avec l'air grave et innocent des enfants. Multi-instrumentaliste*, ça ne fait aucun doute, francophile, au vu des titres de son dernier LP, Mathilde, paru en 2009, Josh Todd a arrêté Bark Cat Bark en 2009, par un laconique message Myspace ne disant rien de plus que "Je suis vraiment désolé. C'est fini." et donnant l'adresse de son blog sur lequel il livre ses albums en téléchargement gratuit.

La musique de BCB est majoritairement instrumentale, même si parfois s'y mêlent des bruits de rue, les éclats de voix, de rire ou de larmes des terrasses de café enregistrées sur le fil, en plein soleil, sur le trottoir. Elle rappelle les grands de ce genre, Tiersen à ses débuts, Zach Condon, Konstantin Gropper selon LastFm, une musique de chambre, composée seul entre quatres murs sur un magnétophone à quatre, cinq ou six pistes, comme un Loney Dear, avec un simple piano et de légers vents, des cuivres, qui sonnent toujours comme une plainte tranquille, une douce mélancolie nostalgique qui sort parfois de sa léthargie au pas de l'oie, ou encore de cet instrument à tort considéré comme folklorique dans le paysage français, l'accordéon, qui évoque les années folles, les heures de gloire, 1920 et l'alcool à bas prix, les bals musettes et les guinguettes, et Hemingway en goguette. BCB n'est qu'une ode à la mélodie.


Vous pouvez donc vous procurer son oeuvre complète, mais je sais bien que ça fait chier plein de gens tous nos téléchargements et qu'entre Facebook, Farmville, Twitter, Myspace pour les vieux, et Wave pour les chanceux, plus les cours et la tize, on a pas trop le temps de s'adonner à l'hédonisme sonique. Alors voici Jardin Du Ranelagh pour illustrer la merveille qu'est l'oeuvre de cet éternel jeune homme. Plus que Paris, ce titre évoque les grands espaces, paradoxe incroyablement superbe de l'artiste seul repoussant les frontières de son environnement afin de graver ses songes en technicolor sur microsillons. On voit les herbes folles, les collines qui dorment, leur respiration sous le soleil qui trouble l'objectif de l'appareil photo, une jeune fille, blonde, ou brune, et peu importe, dans une robe blanche qui lui arrive un peu sous le genou, un peu au dessus quand elle lève la jambe, elle tourne, elle tournoie, elle tournicote dans les graminés auxquels je suis allergique, et je la regarde faire, un piano à queue apparaîtrait là et elle se mettrait à jouer que cela me semblerait normal, une poésie en noir et blanc, dans les interlignes et les interstices, rien que pour moi, elle danse, et mes yeux n'arrivent pas à la tancer, c'est irréel, une expérience sensible lorsque l'on se met à courir à deux, côte à côte, jusque derrière la colline où se trouve un étang, il y a quelques nénuphars, et l'on s'écroule dans le vert, jusqu'à ce que je tente de la toucher, et que ma nymphe s'évapore.

*Liste non exhaustive des instruments joués par Josh Todd: l’accordéon, les bassons, les albokas, baduras, bodhrans, bombardes, bouzoukis, Celestas, euphoniums, flumpets, flutes, Gayageums, Dulcimers, Harpes, Hydraulophones, Kanteles, Kemenches, Kinnors, Kokyus, des Melodicas, Phonofiddles, Pianos, des Sitars, Theremins, Ukuleles, Violons, Xaphoons et Zithers.

Et Jason Schwartzman en interview = .