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26 mars 2011

Pimpon


Quand je suis arrivé à Saint-Cast cet été, je voulais m'éloigner de mes habitudes estivales, et je voulais la croiser elle, m'en approcher. Elle était la fille qui m'intriguait depuis des années, mais à qui je n'avais jamais vraiment parlé. Plus jeunes, on s'était croisés à quelques soirées dans des maisons, ou bien au bar en face de l'église. Depuis, ce bar avait fermé, elle avait déserté les soirées dans les maisons. Je l'avais oubliée. Quelques années plus tard j'apprenais qu'elle venait toujours à Saint-Cast, mais fréquentait d'autres gens, des gens qui n'avaient pas forcément de maison ici. Je l'avais recroisée par hasard sur Facebook. Alors, je m'étais attardée sur elle, et j'avais compris sa démarche. Petit à petit, s'éloigner de nous tous, changer de côté de la plage. Quitter la Garde, ses maisons trop grandes et sa population trop coincée, pour l'autre bout de la plage, son centre, ses magasins, sa population plus moyenne, plus Française.

Je ne voulais qu'elle. Saint-Cast avait changé, je me sentais le droit d'y agir à ma guise, d'envoyer bouler mes potes historiques, parce que j'avais de bonnes raisons, je défendais une cause juste. J'avais fait tout le tour de Saint-Cast, de ses maisons et de ses jeunes. Elle était tout ce qu'il me restait d'inconquis. Ce qui m'attirait chez elle, c'est qu'elle ne me connaissait pas plus qu'un autre. Elle avait quitté nos groupes de potes juste avant le moment où j'aurais pu me mettre à lui tourner autour. Depuis quelques temps cette année, on l'apercevait parfois l'après-midi sur la plage. Elle passait sur la digue avec sa bande de nouveaux potes. Rien n'était arrogant dans sa démarche. Elle ne revenait pas ici par provocation, mais par souplesse d'esprit. Elle disait bonjour aux amies qu'elle avait quittées, passait voir Jérôme, le patron du café de la plage, puis repartait, escortée par ses amis à tendances middle class. Elle ne s'en rendait pas compte, mais sa démarche était politique. C'est pour ça qu'elle me fascinait. Grâce à elle, je comprenais que Saint-Cast pouvait être beaucoup plus grand que le Saint-Cast que je connaissais. Je comprenais qu'il y avait d'autres bars, d'autres jeunes, d'autres activités possibles.

Enfin conscient de ça et la voulant à tout prix, j'ai cherché à me rapprocher de son groupe, pour me rapprocher d'elle. C'était évidemment une manoeuvre, mais ça allait, je ne me sentais pas mal à côtoyer ces garçons-là. Je n'étais pas totalement insincère à fréquenter ces nouveaux jeunes. Les pendentifs en fausses dents de requin, les pantacourts, les maillots de bain Rip Curl et les lunettes Oakley, quelque part, j'avais déjà connu ça. Cette nouveauté avait un goût de nostalgie. Pour me rapprocher d'eux, je n'avais pas fait le grand saut tout seul, mais avec un ami. Il était d'accord avec moi, Bianca était tout simplement la plus jolie fille de Saint-Cast. Mais je crois qu'il comprenait à quel point cette fille m'était importante. Il s'inclinait par respect et par intelligence, me la laissait, me laissait faire "tout ça" tout seul. Et puis il y avait d'autres filles dans leur groupe. Bien que la mienne fut de loin la plus belle, la plus visible, celle qu'on remarque tout de suite quand elle se balade en bande sur la plage.

On avait commencé par changer de bar. Un soir, tous bourrés, des amis communs nous avaient présentés les uns les autres, et le lendemain on était revenus touts seuls, comme des grands. Comme des grands ivres. De jour en jour, Bianca s'embellissait. Soir après soir, elle nous emportait avec elle, laissant notre raison à l'abandon, secouée dans le sillage de sa beauté. Cela faisait deux ou trois fois que mon pote Alex et moi les rejoignions en début de soirée. Une fois quelques verres bus et quelques phrases échangées, on retournait dans notre bar habituel, retrouver nos amis. Ça commençait tout de même à jaser dans notre groupe d'origine. On traînait ailleurs, on les avait lâchés pour des beaufs. Mais nous on s'en foutait. On avait cet orgueil qu'ont les gens qui s'accordent enfin le droit de vivre, vraiment. C'est pour ça que ce soir, on avait décidé de suivre Bianca et son groupe jusqu'au bout.

Leur groupe était comme tout groupe, il fallait montrer patte blanche, faire démonstration de certains signes, emploi de certains codes, pour être accepté. Alex et moi avions su jouer ce jeu. Nous avions passé les épreuves implicites, celle du langage, celle des opinions, celle des goûts musicaux. Nous avions su expliquer que si l'on disait "mec" à toutes les phrases, c'était parce que ça nous collait à la peau ; nous avions su leur dire que nous parlions ainsi parce qu'il fallait bien pour parler, choisir un langage, et que nous avions choisi celui de notre milieu. Nous avions su leur expliquer qu'on avait de bonnes raisons de s'en foutre de la misère du monde, nous avions su leur faire comprendre que la misère du monde ne commencerait de nous toucher qu'une fois que nous serions venus à bout de notre propre misère. Ce soir-là d'ailleurs, je me souviens que certains avaient comme découvert quelque chose, avaient été comme émus au plus profond d'eux-mêmes. Comme si une aire s'était ouverte en eux, à leur plus grande surprise. Et nous avions su leur dire que si nous écoutions du rap, c'était parce qu'il y avait une douleur et une puissance dans cette musique qu'on se sentait légitimes de reconnaître. Eux n'y connaissaient rien. Nous ne les avions pas convaincus, mais ils avaient fini par comprendre, et accepter nos goûts. Ils avaient fini par nous accepter tout court. Et toutes ces épreuves au travers desquelles je passais sans rechigner, je les subissais pour Bianca. Je me laissais lentement glisser jusqu'à elle. Tous les soirs, nous parlions tous les deux. On avait commencé par parler de nos amis mutuels, ses anciens amis. On commence toujours par ce que l'on connait. La Garde, le café, le club de plage, nos parents, nos familles. Et puis nous avions parlé de nous. Ces derniers jours, elle s'était dévoilée un peu à moi, enfin en confiance.

C'est la première fois que je viens sur cette plage. J'y suis peut-être allé quelques fois avec mes grands-parents quand j'étais petit. C'est fou tout ce qu'on louperait si on ne suivait pas ses grands-parents étant gosse. La plage est orientée plein nord, bourré, je suis désorienté. J'imagine au loin perdu dans la pénombre, le Fort La Latte, de l'autre côté de la baie. La plage est vide, plongée dans le noir. Il y a sept plages à Saint-Cast et j'ai toujours traîné sur la même, sur le même côté de la même plage. Bianca me montre le chemin, sur la plage, dans ma vie. Je me dis qu'elle a dû passer par les mêmes épreuves que moi lorsqu'elle nous a quittés. Sauf que grâce à sa beauté, ça a dû être plus facile. Et je la vois aujourd'hui, si bien dans ce groupe d'étrangers qui ne le sont plus. Si insouciante, si apaisée. Bianca est idéale. Elle a fait un pas de plus que tous les autres, elle a un jour grandi, pris des décisions, elle s'y est tenue, elle est depuis heureuse. Et je suis fasciné de voir en elle combien les choses parfois s'enchaînent simplement, sans encombres. Quitter un groupe pour un autre, respirer et renaître. Bianca est libre, et je veux la rejoindre. Pendant qu'on boit et qu'on rigole, certains allument un feu. Cette plage est trop reculée, les flics ne passeront jamais pour nous dire de l'éteindre. J'ai l'impression d'être coupé du monde, pourtant je suis chez moi. On s'assoit autour du feu, on se couvre un peu. Minuit a dû passer. Un garçon sort une guitare. Je ne peux m'empêcher de sourire tellement c'est cliché à mes yeux. Mais il se met à jouer, de vieux trucs, des trucs des années 80, voire 70, et tous se mettent à chanter. Ils font ça si bien, ils sont dans leur monde, dans leurs codes ; ils sont invincibles ici sur cette plage. Je reçois un texto d'un de mes amis restés sur l'autre plage. Je ne réponds pas, je répondrai demain, je rentrerai demain. Je veux rester ici, dans ce moment et sur cette plage.

Les heures passent. Nous n'avons pas bougé. Pourquoi aller ailleurs, et qui aller voir d'autre ? Ici, il y a tout, et tout le monde. Cette plage pourrait se détacher du continent et s'éloigner vers l'Angleterre, je ne regretterais rien, je ne quitterais rien de cher. Tout ce qui m'est cher est assis à côté de moi en ce moment même. Quelqu'un a sorti son portable pour mettre de la musique. On se met à danser. Bianca enlève ses baskets et fait l'avion avec ses bras. Ce soir il se passe quelque chose, Bianca comprend comme moi que le groupe m'a adopté. Tout cela reste secret, muet mais pourtant si palpable : la tribu m'accorde son idole, sa déesse et sa reine. Je regarde Bianca, et son visage en pleine nature a l'air heureux. Bianca est une fille heureuse là où elle est, je n'en doute plus. Ce soir, je la rejoins dans son bonheur. Comme si elle y était partie avant moi, comme si elle avait préparé la place, pour elle comme pour moi. Comme si j'avais été retenu le temps de régler certains problèmes personnels. Alors que je pense tout ça, elle semble s'en rendre compte aussi. Elle est ivre. Bianca me parle. Elle me dit en prenant un accent délibérément rustique, "elle est pas belle la vie ?!", je lui souris. Elle pose ses mains sur mes épaules, et m'embrasse. La plage glisse sous mes pieds, le monde pleure dans un feu d'artifice, célèbre ses lèvres contre les miennes. Si, elle est belle la vie.


19 mars 2011

Firework


L'aéroport est ensoleillé. La lumière oblique, propre à cette région du toit du monde, passe à travers les grandes vitres, et flotte au-dessus des têtes des gens qui attendent devant la Gate number two. Troisième fournée de passagers, toujours pas son avion. Celui provenant de CdG est le prochain. En partant tout à l'heure j'ai pris soin de bien ranger ma chambre, de faire mon lit, ce petit lit 1 place propre aux chambres étudiantes, dans lequel elle et moi on va devoir se serrer. Ce ne sera pas un problème, on dort bien même serré, quand c'est avec quelqu'un qu'on aime (et avec qui on baise). C'est ma meuf, fallait bien que je range un peu tsais. Ça fait 3 mois que je suis là à faire n'importe quoi, à boire tout seul devant mon ordi le soir, à rentrer torché à 8h du mat' et à m'écrouler encore habillé sur mon lit. Je suis content que ma meuf vienne me voir, ça va me sortir de mon train de vie négligé, ça va me remettre les idées en place ; au moins le temps de son passage ici. J'ai fait une petite pancarte où j'ai écrit son prénom. Le genre de trucs cons que tu fais quand t'es encore un peu enivré par l'alcool et excité par l'amour.

Ça y est. Je vois sur le petit écran que son avion a atterri. Je sors ma pancarte de la poche de mon gros manteau de ski. Le petit écran affiche que les passagers sont en train de récupérer leurs bagages. Les portes s'ouvrent. C'est le bon vol, les gens qu'on découvre ont l'allure et l'air bien français. Il y a une tête, une dégaine, un caractère français. Alors j'aperçois ma meuf, qui traîne une grosse valise et s'épuise le bras à porter un sac à main trop rempli. J'arbore fièrement ma pancarte, pour la laisser tomber alors qu'elle vient vers moi et que je vais vers elle. Je la serre dans mes bras, on s'embrasse. On se regarde et on sourit. On s'embrasse à nouveau. Elle me dit que je lui ai manqué. Je lui dis qu'elle est sublime, dans sa robe rouge. J'avais oublié que ma meuf était si belle. Je prends sa valise, je lui ai déjà acheté un ticket de train. On file tout droit vers la sortie, en souriant sans trop se dire grand chose. C'est la première fois de sa vie qu'elle vient ici. Je suis un peu comme un ambassadeur, comme un roi qui reçoit sa reine. L'escalator nous rapproche du quai. Je me dis que la vie c'est parfois super simple en fait. Je la regarde encore dans sa robe rouge. Il y a un caractère français, et ma meuf est ce qu'on peut en faire de mieux.


L'album de Green Money est sorti il y a peu. En ce moment tu te demandes où va le rap français, t'as limite tourné la page. T'as pas forcément tort, et c'est pas ce petit duo Seth Gueko / Booba qui t'a fait changer d'avis. C'est pourquoi va vite falloir que tu télécharges Greenologie, à commencer par le morceau Lamborghini. N'aie pas peur, le morceau part bien, et puis Green est dans son trip vraiment à lui. Si t'aimes, ne culpabilise pas, t'auras qu'à te dire que c'est pas vraiment du rap (même si t'auras tort).

12 février 2011

Je foirais même en badminton


C'était le matin. Tout le monde dormait encore, ils avaient bu beaucoup plus que nous. Sur cette plage inconnue le vent était fou, délirant. Il faisait ce qu'il voulait, c'était ce genre de vent qui prenait toute la place, qui se la donnait sans pudeur dans ce coin de la France plat depuis des siècles. Je crois que c'est le vent qui soufflait trop fort et qui nous a volé notre densité, à tous les deux. Il s'est mis à pleuvoir faiblement, tu t'es couverte avec ton écharpe et j'ai mis ma capuche. On s'est abrités derrière un bunker échoué là sur le sable. T'étais tout près de moi vraiment. Et là je n'ai absolument rien fait, alors qu'il aurait fallu que je t'embrasse. Je le sais bien, je comprends maintenant que sur le moment tu voulais que je t'embrasse. Je l'ai pas fait, je crois que j'avais peur, je crois que j'avais la flemme. La flemme parce que si je t'embrassais ce jour-là, ouais c'était tellement parfait que t'allais croire plein de choses. J'aurais dû te revoir deux ou trois jours plus tard une fois rentrés à Lille, j'aurais dû me coltiner les cafés à deux avec toi, les coups de téléphone le soir en rentrant des cours. Et je te sentais trop fébrile, pas assez forte, je sentais bien que j'aurais fini par te faire du mal. Du mal que tu mérites pas tu vois parce que t'es une fille géniale, vraiment. T'es drôle, t'es jolie, élégante, élancée, t'es moins conne qu'à peu près toutes les filles que je connais mais justement, notre histoire aurait été trop chargée, trop importante, trop sérieuse. Et j'aurais pas eu la force à la longue, de la porter pour nous deux. Alors ce jour-là je t'ai pas embrassée et on est rentrés retrouver les autres. Ils s'en foutaient, ils savaient rien, y avait du coup pas grand chose à savoir. Quelques mois plus tard après t'avoir croisée par hasard boulevard de la Liberté, je t'ai envoyé un texto. Je te disais que t'étais la fille qui me fallait. J'étais sincère, je le pensais vraiment, je veux dire je ne mentais à personne, ni à toi ni à moi. Pendant ces quelques années t'as pas arrêté de paraître, partir, puis resurgir dans ma vie. Ouais, tu revenais tous les trois ou quatre mois et à chaque fois je repensais à toi et je me disais, okay, qu'est-ce que je peux faire avec elle ? Je pouvais tout faire, et j'ai rien fait du tout. T'as répondu à mon texto, tu m'as demandé si je me foutais de toi et je t'ai dit que non, alors tu m'as dit qu'on se verrait la semaine prochaine quand je rentrerai à Paris. Je suis rentré à Paris, je t'ai jamais appelée. Si je l'avais fait on aurait pris un verre, on aurait peut-être fini par sortir ensemble. Au lieu de ça je te parle dans le vide et je sais même pas dans quelle ville t'es aujourd'hui. Voilà, t'es la fille qui depuis que je te connais, me renvoie périodiquement et sans le vouloir, à mes propres faiblesses. Notre histoire pourrait s'appeler "Chronique d'un échec endurant", un échec dont j'endosse les yeux baissés toute la responsabilité.


Le clip qui suit est trop beau. Du ciel gris, une piscine extérieure, une fille en maillot de bain, un plongeoir et des lumières sous l'eau bref, vraiment ce clip était fait pour que je kiffe. C'est tellement beau que tu peux foutre une musique triste et mater le clip sans le son, tu vois le genre.



4 février 2011

Les avalanches


Un jour j'aurai une meuf. Une meuf à la fois sérieuse et pas prise de tête. Un soir de la semaine je l'appellerai vers dix heures et demi, on se rejoindra Place de la Loi. On ira acheter des bières à l'arabe d'en face. Elle sera dans son imper beige, elle sera venue en vélo parce qu'elle habitera juste à côté, à Saint-Antoine. On marchera un peu le long des arbres sans feuilles du Boulevard du Roi, on s'assoira sur un banc pour discuter et savourer le plaisir d'être réunis à l'improviste, sous la nuit. Elle me racontera plus longuement cette histoire qui lui est arrivée au taf et dont elle m'avait brièvement parlé au téléphone avant le dîner. L'alcool nous montera aux yeux alors on tentera de rentrer dans le parc du château par une des grilles. On n'y arrivera pas. Pour se réconforter on s'embrassera, dans un tel silence qu'on entendra le bruit de nos lèvres. On se dira à très vite, je la regarderai partir en vélo, et puis je rentrerai, le coeur plein, dans ce coin anonyme de Versailles si vide la nuit en pleine semaine.

"Be regular and orderly in your life, so that you may be violent and original in your work" (Flaubert)


25 janvier 2011

361,3 millions de km2


Anne je me souviens très bien de toi. C'était ma dernière soirée à La Chaum' de l'été. On était vers le 25 août. J'avais rempli mon contrat ce soir-là. J'avais serré deux inconnues, j'avais squatté le dance-floor avec mes potes pendant une bonne partie de la nuit. Je me tirais comblé de cette dernière soirée estivale. Pourtant, tu m'as donné plus.

On se dirigeait vers la voiture avec deux amis, quand t'es arrivée en courant avec une pote. T'as demandé à mon pote qui conduisait, s'il pouvait vous ramener chez vous elle et toi. Mon pote étant aussi grand prince qu'intéressé, a accepté. Vous habitiez à Pleurtuit, et putain ça faisait un sacré détour avant de rentrer chez nous. Mais ça me faisait pas chier, parce que je me suis rapidement retrouvé assis à côté de toi sur la banquette arrière. Il a suffit de quelques minutes et de quatre mots échangés pour qu'on s'embrasse en silence et que je commence à caresser tes cuisses.

Le soleil se levait sur la campagne bretonne et j'avais l'impression de me réveiller. La voiture s'est garée, et on est entrés dans ton jardin puis dans ta baraque. Tu nous disais de fermer nos gueules parce que ta grand-mère dormait. Un de mes potes était resté dans la caisse pour dormir, les comptes étaient rapidement faits : on était deux mecs et deux meufs, on était deux couples. Anne je t'ai pris la main dans l'escalier. Je t'ai dit "Azi fais pas ta mijaurée montre-moi ta chambre", tu m'as dit "Chuuuut !" en me suivant à l'étage. Les deux autres sont restés en bas et c'était parfait ainsi.

Dans ta chambre les rideaux étaient fermés à l'arrache et les volets ouverts, on se retrouvait dans une pénombre bleuie par la couleur des murs et qui pâlissait petit à petit. C'est là sur ton lit défait qu'on a fait l'amour, la porte de ta chambre à moitié ouverte, à quelques pas de la chambre de ta grand-mère. C'était excitant, j'étais encore ivre et j'en n'avais rien à foutre que ta grand-mère se réveille et découvre sa petite-fille en train de coucher avec un inconnu. C'était pas de la méchanceté, mais plutôt de la liberté.

Quand on est redescendus on a vu personne. On est sortis dans le jardin couvert de rosée, et on en a fait le tour. Derrière la haie j'apercevais d'anciennes fermes, des potagers dont je n'arrivais pas à savoir s'ils étaient à l'abandon ou non, et surtout, tout au bout, ce ciel qui s'ouvrait, naissait de lui-même. Et j'en avais presque les larmes aux yeux d'être baigné dans tant de pureté. On s'est assis sur une balancelle dans un coin, t'as allumé une cigarette. T'étais complètement nue sous un t-shirt qui t'arrivait à peine au dessous des fesses. Je t'ai posé des questions brutales, larges, comme pour creuser en toi afin de t'avoir sondée le plus vite et le plus entièrement possible. Je voulais tout savoir de toi, tout de suite.

Les deux autres qui avaient émergé se sont ramenés. T'as discrètement croisé tes jambes. On a parlé tous les quatre de trucs à la con, et j'écoutais même pas, je me laissais aller dans l'atmosphère souple et confortable ; et ça m'excitait de te savoir nue sous ton grand t-shirt alors que les deux autres n'avaient rien grillé. Avant de se quitter on s'est dit qu'on se reverrait à Paris après les vacances, mais on l'a jamais fait. On n'en avait pas besoin. On avait tous les deux fini un été démentiel par une soirée et une matinée irréelles. Ça suffisait largement.


Louis est le mec de ma meilleure pote. C'est un batteur effréné qui joue pour plusieurs groupes. Son dernier forfait a consisté à rejoindre le groupe Concorde (ex Candy Clash), dont voici le nouveau clip. On me susurre à l'oreille que cet album "plutôt classe" est en cours et qu'il sera très "pop post punk synthétique tropicale". On en jugera nous-mêmes avec ce titre ou en allant les voir en live...

concorde - candy boy




19 janvier 2011

On pille. On vole. On séduit.


"C'est marrant que tu parles de Collioure. J'en ai vu des photos sur ton blog. J'y suis allé quand j'étais petit. Tout petit, genre j'avais six ans, maximum. Ma dernière petite soeur était pas née, ça je m'en souviens. Mes darons avaient loué un appart' et on était descendus en voiture. C'est vraiment marrant de repenser à ces trucs-là. Je jouais aux G.I. Joe tout seul dans la chambre des parents pendant que ma petite soeur matait la télé. Cet été y avait un dauphin qui allait et venait dans la baie, il s'appelait Dolphy. Les journaux du coin en parlaient tous les matins. Le soir, je me souviens, des enfants un peu plus grands que moi, rentraient dans l'eau, se rapprochaient du dauphin, et allaient parfois jusqu'à nager avec. Mon père s'agaçait, il disait qu'il fallait le laisser tranquille. Je voulais juste faire comme eux moi. Un dauphin, je savais limite pas que ça existait en vrai avant d'avoir vu celui-là. Ou bien pas en liberté. Un soir en se baladant sur une espèce de promenade, ma petite soeur à pied ou en vélo, était tombée, assez vénère. Elle avait je crois terminé à l'hosto. Je me souviens aussi qu'on laissait sécher le linge et les serviettes de plage à une fenêtre, et qu'une nuit, des gens les ont volés. C'était les vacances quoi, il se passe toujours plein de trucs en vacances. Un jour on est allés voir mon oncle, en vacances à Port-Barcarès. Un jour on est allés à Aquacity. J'étais fou de cet endroit. Un parc aquatique quoi. Le paradis. Vraiment, le paradis. Je veux dire que je pourrais vivre dans un parc aquatique. Quand on est rentrés à Paris ça m'avait tellement marqué que je voulais absolument refaire un parc aquatique. Mon père nous a parlé d'Aquaboulevard. On y est allé, c'était nul. Il faisait froid, c'était plus petit, c'était en pleine ville. Pendant les vacances à Collioure, un jour on est allés voir ma grand-mère, à Argelès. Je cite comme ça ce que j'ai fait pendant ces vacances parce que c'est tellement loin pour moi, cet endroit. Le sud, pas la Côte d'Azur, mais le Languedoc-Roussillon, les Pyrénées orientales. J'y suis jamais retourné, encore moins après le divorce de mes parents, c'est clair. Et ça me manque souvent cette réalité, la seule, cette sorte de réalité française que j'ai trouvé dans le sud. Réalité des parasols de plage, des glacières, des sandwichs dans du papier allu ou du sopalin, les reubeus au parc aquatique, les jeux en fin d'aprem à la télévision, les sandales, les serviettes de plage Mickey, la crème solaire, et le soleil gras, la chaleur. Ça me manque mais j'aurais pas besoin d'y retourner si je le pouvais. Cette réalité est là quelque part en moi, pas besoin de toujours revenir sur ses pas pour se ressourcer, ce souvenir de l'été de mes six ans est un peu comme Dolphy, il va et vient dans ma mémoire, et reste assez vivace pour que jamais je l'oublie."



6 janvier 2011

United

© Gia Coppola

Je me souviens comme je t'aimais. Le soir en rentrant chez moi je me connectais direct sur FB pour voir si t'étais sur le chat. Si je te voyais pas, j'allais sur ta page, chercher un éventuel nouveau status de ta part. Si y en n'avait pas je redescendais ta page pour revoir les status précédents. Je me hasardais à cliquer sur notre "See friendship", et je voyais ces photos où on était tous les deux. Je voyais les wallposts échangés, nos Like communs, et j'étais content. Je me remplissais de notre histoire à tous les deux, ça me rendait heureux. À cette époque là jamais j'aurais imaginé pouvoir continuer convenablement ma vie loin de toi.

Ça fait un an que je suis parti et je rentre demain. Un an qu'on s'est pas vraiment parlé. J'ai eu aucune nouvelle de toi et je t'en ai filé aucune. Au début j'en demandais à mes amis restés là-bas avec toi. Et puis le temps passe, et c'est un peu comme l'aspirine qu'on prend après une méchante taule. Le mal perçant s'évapore progressivement, et on oublie pourquoi on prenait lourd, on n'arrive même plus à reconstituer le mécanisme, le chemin que le coeur prenait pour souffrir à ce point. Je rentre demain dans la ville de mon enfance, de ma jeunesse. Je sais que je te croiserai rapidement et je sais pas quelle fille tu seras devenue, parmi mes milliers de souvenirs.



Je vais pas te parler de "Somewhere", parce que je suis pas critique ciné et que je préfère rester dans mon rôle. Non, la vraie raison pour laquelle je vais pas t'en parler, c'est parce que j'ai l'impression d'en avoir déjà écrit le scénar' y a quelques mois sans même le savoir, ici. À peu près, on est d'accord. Ça doit être une manie chez les Coppola, de jouer avec la caméra. Aussi en guise de dessert je te refile ce clip réalisé par Gia Coppola, nièce de Sofia, dont certaines images m'ont étrangement rappelé "Somewhere".

the soft pack - more or less


28 décembre 2010

Pas déçu.

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J'aurais pu te parler des trucs dont je me fous complètement. Je veux dire ouais, j'aurais vraiment pu te parler de ces longues séries de tweets sur Julian Casablancas et sur les festivals de musique. J'aurais aussi pu en faire des tartines sur Call of Duty, sur Harry Potter, sur genre des photos de chats, la dernière convers' BBM que j'ai eue avec une connasse, ou encore sur la dernière programmation chez Moune. J'aurais vraiment pu me rapprocher de ton oreille et te murmurer l'indifférence que j'éprouve à l'égard des mecs qui font de l'humanitaire, j'aurais pu me répandre à te dire combien j'en n'ai rien à secouer de la faim dans le monde, de la maladie, de l'injustice, de la mort. J'aurais pu faire tout ça mais disons que symboliquement ça aurait été moyen. C'est bientôt la nouvelle année, il faut être optimiste. Alors je me couche. Je me donne à toi. Je te fous sur un plateau l'intégralité de mes bottes secrètes. J'étais une énigme ? Je suis désormais une solution. Je te file le top 10 des choses que je kiffe le plus dans la vie. Entre les trucs pour lesquels je chialerais pendant des jours si j'en avais le temps et la faiblesse (les six premiers), et mes guilty pleasures quotidiens (les quatre autres), voilà, je te donne tout. Tu feras le tri toi-même. En tout cas prends en soin de ce top, garde-le bien dans un coin de ton ordi et de ta tête, parce que ce top 10 pour les années à venir, c'est moi.

2. La fille
4. L'été
6. Nager
7. La mayonnaise
9. Le fromage
10. La bière

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15 décembre 2010

Cavalcade

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Et je comprends que quelle que soit leur situation à chacun d'eux, tous regrettent (qu'ils l'aient une fois vécu ou non) ce temps où ils étaient dans l'oeil du cyclone amoureux, ce temps où ils s'en sont pris plein la gueule mais où ils n'ont jamais autant avancé en eux-mêmes. Tous pleurent ce moment où ils étaient sous les projecteurs de la production sentimentale, ce temps où ils étaient à la tête d'un empire industriel qui s'appelle l'amour. Tandis qu'aux derniers Love Awards je raflais tout. Devenu champion du monde de la passion ma ceinture est trop lourde, et si tout le monde m'envie, personne n'ose m'affronter. Tous regrettent ce moment où l'on est à la croisée de tous les regards, qu'on souffre ou qu'on sourie, on chiale trois fois par semaine que ce soit de tristesse ou de bonheur. Tous regrettent ce moment où ils ont vraiment vécu, où ils ont pour la seule fois de leur vie été plus que leur propre ombre. Tous regrettent ce moment dans lequel je nage pépère. Alors oui, je suis le plus heureux de tous. Tout le monde a l'histoire qu'il a, et je suis celui qu'ils envient tous. Et j'ai toujours imaginé ma position comme agréable, mais jamais je ne l'avais perçue comme idéale. Et parmi les gens que je fréquente, parmi tous ces scénarios sentimentaux, à tous les voir convoiter mon histoire, comme s'ils regrettaient les premières minutes de leur histoire pour ceux maqués depuis longtemps, comme s'ils regrettaient cet amour qu'ils ont attendu si longtemps qu'ils y ont renoncé pour les autres, j'apprivoise mon privilège.

"Cuz everybody dies but not eveybody lives" (Drake)

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18 novembre 2010

Aujourd'hui c'est niqué

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Ce soir je te vois vraiment. Ça fait cinq ans que je te regarde de haut sans te voir, mais cet enfoiré m'a largué aujourd'hui et je me retrouve comme une conne dans cette putain de chambre qu'est devenue trop grande, tout d'un coup. Toi, ma ville, t'es un peu comme cette chambre d'hôtel que j'ai pas quitté pendant trop longtemps : je te connais pas vraiment alors que j'étais en toi tout ce temps. C'est ça l'amour. Tu rencontres un mec un jour et ta vie est tellement merdique que tu fais de lui un Dieu. Il a même pas besoin de te promettre quoi que ce soit pour que tu voies en lui tout ce que t'as jamais eu. Il a même pas besoin d'être un type bien pour que tu lâches tout et le suives. Alors je l'ai suivi. Il avait de l'argent alors que j'en n'avais pas, il m'a emmené loin de toi. On a pas mal bougé dans le pays et ailleurs, mais c'est pas de ça que je parle. Je veux dire que j'ai passé la plupart de ces cinq années ici, mais que j'ai plus jamais fait attention à toi, parce que je voulais t'oublier au maximum. Oublier ces années de merde que j'ai passé dans tes rues, où j'ai tout vu. Tu m'as montré tellement de merde que forcément à la première occaz je t'ai fait un doigt d'honneur et je me suis tirée ailleurs. Dans cet hôtel au 56e étage je peux te dire que j'en n'avais plus rien à foutre. Cette tour est plantée sur ton sol mais elle monte si haut que j'ai plus jamais entendu parlé de toi. J'ai viré mes potes de ma tête et de mon répertoire, j'ai laissé tomber ce qu'il restait de ma famille, j'ai zappé mon quartier exactement comme on change de chaîne à la télé. La vie que l'autre con me proposait m'a plu, j'ai jamais voulu revenir en arrière. Mais il m'a largué alors je vais pas avoir le choix, demain matin. C'est ma dernière nuit dans cette suite qui était devenue mon quartier, ma ville à moi. J'arrive pas à dormir, évidemment. J'angoisse à mort. Un truc me calme quand même : j'ai vraiment fait la biatch avec toi et regarde, ce soir je me retrouve définitivement seule et qui est la seule qui reste ? Ben toi putain. Je t'ai fait les pires crasses à te renier, à te snober, et maintenant que la vie me rattrape par la cheville et me fout la gueule dans la boue, t'es encore là. Et je l'avais jamais vraiment vu mais t'es belle. Tu fermes ta gueule dans la nuit et tu laisses les lumières des immeubles et les néons des commerces parler pour toi devant les étoiles. Je sais pas ce que je vais faire de moi demain. Mais à te voir, toujours à la même place depuis cinq ans, à être prête à me reprendre alors que je le mérite pas, je me dis qu'il y a peut-être une réponse à mes questions dans chacune de tes couleurs que je vois depuis mes fenêtres XXL.


Booba sort son album lundi et il s'intitule Lunatic, c'est donc l'occaz ou jamais d'écouter ou de réécouter des morceaux de lui qui remontent un peu. J'ai choisi ces deux-là pour leur titre, parce qu'ils représentent les fondamentaux. "92i", sur l'unique album de Lunatic, et qui désigne un collectif qui comptait pas mal de monde à l'époque mais dont les seuls rescapés sont aujourd'hui à peu près les seuls featurings français que tu retrouveras sur l'album : Mala, Brams, et le nouveau-né, Djé. Et puis "100-8 zoo", sur l'album Temps Mort, qui désigne les Hauts-de-Seine, département que Booba est à peu près le seul à bien représenter depuis la mort des Sages Po (dsl Salif, L.I.M, Ali et consorts...).


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16 octobre 2010

I'm doing me

© cats eyes
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- Vous êtes où ?
- Chez moi, j'organise une petite sauterie. 15 avenue de Wagram, venez.

Avec ma soeur et deux amies je sors d'une boite confidentielle du bas des Champs. C'était naze à l'intérieur, on vient de se tirer mais on n'a pas grand chose à faire ensuite. J'ai envoyé ce texto en mode bouteille à la mer à Julie. Miracle, elle m'a répondu. Je sauce mes potes "Allez on y va obligé, on n'a rien d'autre à foutre et puis cette meuf est vraiment énorme !". Banco. Après dix minutes de voiture on déboule surplace.
La maison est trop grande, avec des vases trop grands, des escaliers trop grands. Et un tout petit cartable posé au bas des marches. "C'est celui de mon petit frère". Julie vient d'apparaître, avec la tranquillité de rigueur pour une meuf qui est chez elle. Très vite, mes potes retrouvent des connaissances du collège, et se cassent dans le salon. Julie me traîne dans la cuisine. Elle me propose tout un tas de trucs à boire, à bouffer. J'ai bien envie de me foutre une taule carabinée à la vodka ou n'importe quoi d'autre, mais bizarrement je refuse à peu près tout. Quelque chose me retient, je crois qu'elle m'intimide. Elle me pose une question insignifiante, je lui réponds pas, je reste à la regarder avec des yeux qui veulent rien dire. Pressentant le moment de flottement à venir, elle se lève pour me faire visiter les lieux.
L'endroit est plein de gens que je connais pas, que je reverrai jamais. On monte un étage, un deuxième. Je retrouve dans une pièce affalés sur des divans quelques personnes que je connais ; enfin. Ces tocards sont trop occupés à taper sur une table basse en jouant avec des flyers de soirée, je m'en tire avec un "Bonsoir" général. Ils me reconnaissent à peine. Julie me présente officiellement Anna, sa meilleure pote, une meuf de 18 ans qui se sape comme si elle en avait 30, et qui s'est fait refaire le nez parce qu'elle avait pris trop de cocaïne. Je la charrie à propos de la drogue, ou des sapes. Ma manière de faire croire que je suis en confiance. Anna m'envoie une torgnole. Je me dis que c'est particulièrement bien embarqué avec elle ; à long terme bien entendu. Dans les escaliers, J-B et Constantin se foutent de la gueule du chauffeur de taxi qui les a ramenés ici. Julie a disparu je sais pas où, du coup je reste un peu à me marrer avec eux. Ma soeur passe, je lui présente J-B en le décrivant comme un mec génial, sans savoir si je suis sincère ou non.
Julie revient, l'air impatient. Comme s'il manquait à la visite de sa baraque, la cerise sur le gâteau, la botte secrète, la pièce secrète. Elle me prend la main et m'emmène dans une chambre, juchée entre deux étages. La chambre a rien de particulier. Elle est étrangement peu meublée, petite, à peine assez d'espace pour un lit une place, un bureau et des conneries de cartons. "C'est mieux quand on est plus au calme non ?". Aucun besoin de répondre, je me cale sur le lit avec mon verre de vin. Julie sort un petit paquet que je distingue mal dans le noir. Elle prépare un rail sur le bureau, me dit "Vous en voulez ?", "Non, merci. Refilez-moi plutôt votre vin". Elle me donne son verre et snife sa came, se pince légèrement le nez. J'ai toujours méprisé ceux qui prenaient de la coke. J'en n'ai jamais eu le besoin ni l'envie. L'envie peut-être, après tout ; y a toujours quelque chose d'intriguant. Mais j'ai toujours considéré les mecs qui tapent comme des gens faibles, qui ont besoin de ça pour être normaux, pour affronter le monde. Quand on est un vrai, on affronte le monde seul, pas avec l'aide d'une substance quelconque. À mes yeux la coke a ce côté ravageur minable qu'on trouve moins dans l'alcool. Ces mecs qui tapaient sur la table au deuxième étage, quelle bande de brèles. Pourtant dans le cas de Julie, c'est différent. Elle tape là devant mes yeux et j'en n'ai rien à foutre. Je trouve même que ça lui va bien. Julie prend de la cocaïne sur un bureau dans une chambre à la lumière éteinte, et c'est élégant. La plupart des gens qui en prennent sont contrôlés par ce qu'ils consomment. Pour Julie, c'est l'inverse, elle contrôle tout très bien du haut de ses 17 ans, elle est si intelligente et brillante qu'elle est pas victime de son comportement.
Les minutes s'écoulent, je sais pas depuis combien de temps on est dans cette chambre. Une amie frappe brusquement à la porte, essaie d'ouvrir. Julie a fermé, "Je suis occupée meuf !", la pote bourrée se casse dans un grognement frustré. Je reparle à Julie de ce message qu'elle m'a envoyé y a quelques temps, qui m'avait donné envie de la rencontrer. Elle me racontait qu'elle voulait me voir, se promener avec moi sur les chemins de fer d'un coin de grande banlieue un dimanche de pluie. Je lui dis que j'ai jamais su si j'ai toujours considéré son message comme immensément cliché ou comme un truc qui m'a vraiment touché. Peut-être les deux répond-elle. Quelle connasse je me dis, elle est forte putain. J'ai oublié ma soeur, j'ai oublié mes potes restés en bas. Julie me parle de celle qu'elle était y a quelques mois. "J'étais dans un trip chelou, je me souviens que le soir chez moi quand tout le monde dormait, je faisais couler de l'eau chaude dans une bassine. Alors je me coupais les pieds avec un cutter, et je les foutais dans la bassine. Le sang s'éparpillait doucement, un peu comme de la fumée. Il finissait par colorer toute l'eau brûlante. Je sais pas si c'était beau, je sais que ça m'intriguait.", je me dis qu'elle est quand même vraiment perchée, sans savoir si c'est dû à la coke ou non.
Par la fenêtre je regarde les immeubles de l'autre côté de la cour. Une vieille passe en robe de chambre, et la lumière s'éteint. Plus rien, c'était la seule autre fenêtre allumée. Je regarde cette cour écrasée sous le silence, ces immeubles foudroyés par la nuit. J'entends de la soirée la musique douce du deuxième étage, le son à fond du rez-de-chaussée, je pense à toutes les lumières allumées, même dans les pièces où y a personne. Mais Julie et moi, dans la chambre, on est peu entre les deux ; un peu dans la soirée, un peu dans la cour. Pas de musique, pas de lumière ou très peu. Simplement elle et moi. Je ressens maintenant l'effet de la pièce secrète. Je me rends compte que Julie a de jolies fesses, je lui dis. "Vous voulez les toucher ?", je me lève, lui touche le cul. Elle se retourne et me lance "Vous voulez voir mes seins ?", je réponds rien, je suis un peu las. Elle déboutonne sa chemise et me montre ses seins quand même. Je reçois un texto de ma soeur "On est crevés, on rentre ?". Il était temps que je me casse en effet.
Depuis la caisse qui nous reconduit chez nous, Julie m'envoie un texto, histoire de pas garder en bouche l'amertume de mon départ précipité.

- Revenez quand vous voulez.
- Ca, j'y manquerai pas.

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6 octobre 2010

J'espérais vous trouver ici

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C'est la fin des vacances. Il fait encore chaud le soir, chaud comme un début d'été en fait. Hier j'ai passé une nouvelle soirée avec toi. Depuis qu'on est tous rentrés à Bastia on attend la reprise des cours en traînant entre potes le soir. Les soirs se multiplient mais n'apportent rien de concret. Tu me parles plus vraiment depuis cette soirée où on s'était engueulés. Depuis on traîne l'un à côté de l'autre, à se traiter comme de vulgaires connaissances. Chaque soir je te l'avoue je me dis "Allez mec, refais le premier pas, cette fille vaut le coup au final", mais à chaque fois je me défile.

On s'est tous tirés de ce concert de rue qui n'avait séduit personne, pas même toi pourtant si naïve. On marchait en bande le long du quai où des bateaux de riches pas du coin semblaient se faire chier à en mourir. Si j'avais pu monter à bords d'un de ces trucs pour débarquer et dire au proprio qu'il était temps qu'il se casse lui et son yacht pour débarrasser le plancher histoire que je me sente à nouveau bien dans mon île, je l'aurais fait je crois. Mais au final j'aurais fait tout ça pour t'éviter toi. Toi à l'autre bout de notre groupe qui déambulait. Je t'entendais parfaitement discuter avec deux de mes potes, et je savais pertinemment que tu m'entendais raconter mes conneries à une autre fille du groupe.

À un moment nos potes sont partis jouer au flipper dans un bar. Je trouvais ça foncièrement naze, alors instinctivement je suis resté dehors. Tout s'est passé trop vite, j'ai pas eu le temps de me rendre compte que t'étais restée dehors aussi. On s'est regardés furtivement. J'ai tout de suite esquivé en lançant mon regard sur les bateaux. Plutôt ça que ton regard me disant que tu me pardonnais déjà ; plutôt ça que de comprendre en te regardant que je voulais vraiment me remettre officiellement avec toi. Je savais que c'était pour ce soir, mais je savais aussi que j'allais rien faire. J'avais tout le temps. Au bout de quelques minutes que j'avais trouvées chiantes, je t'ai dit que j'étais fatigué et que je rentrais. Réellement ou faussement surprise, en tout cas énervée, tu m'as dit "À demain" sèchement, et puis je me suis cassé. Je m'en voulais vraiment mais en rentrant seul je me rassurais.

Plus je m'éloignais du port, plus je m'éloignais de toi, plus je reprenais confiance. "À demain", c'est ça. On allait se revoir demain, et cette fois vraiment, je te reparlerai pour de bon. Je suis allé me coucher avant que la nuit soit noire, mais j'étais convaincu que j'entamerai pas cette Terminale en mode single, mais bien In a relationship.
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4 octobre 2010

on a pas le même âge mais c'est pareil.*


Il faisait gris mais on était contents quand même. Sur la plage, Delphine avait commencé à boire seule et je m'étais senti obligé de la suivre. C'est pas comme si ça m'avait dérangé, parce qu'au fond, c'était comme si j'avais toujours attendu ce moment : celui où j'allais enfin me sentir vivant, loin de toutes mes angoisses. Lorsqu'elle a commencé à être un peu torchée, elle m'a demandé ma veste. J'ai hésité un peu, puis je la lui ai donnée. Parce que ça me faisait plaisir, mais aussi parce que c'était comme si elle prenait un morceau de moi.

On s'est approchés du bord de l'eau, main dans la main, et elle était clairement trop froide pour moi, peut-être parce qu'il était 22h et des poussières, ou parce qu'on était en Bretagne. En tout cas, elle souriait et poussait des petits cris à chaque fois que l'eau touchait ses pieds. Je trouvais ça terriblement séduisant, comme si tout ce que j'avais adoré chez une fille se retrouvait dans Delphine, dans ce moment que nous passions tous les deux ; main dans la main, les pieds gelés, les autres qui crient de revenir depuis la plage.

J'ai la main de Delphine dans une main et la bouteille de Jack dans l'autre, et quand elle me demande une gorgée je lui dis qu'elle est déjà suffisamment torchée. Elle sourit, me dit que j'ai raison de m'inquiéter pour elle. Je peux lire en elle comme dans un livre de Saint-Ex' ouvert : elle a un visage mutin mais marqué par la fatigue de ces nuits qu'on enchaîne depuis qu'elle est arrivée ici, à Saint-Cast. Je sais qu'elle a ses problèmes dont elle ne veut jamais parler. Je suis prêt à l'écouter, en tout cas. Car c'est aussi ça qui fait tout l'intérêt de ce moment que l'on partage : cette fille a ses histoires à raconter et je me permets de croire que je suis le seul à pouvoir les écouter. Je me sens comme le capitaine Achab prêt à combattre le Moby Dick de mes sentiments pour elle.

Je me sentais finalement loin de mes angoisses et vivant, ouais, clairement. Amoureux, aussi, peut-être. Une chose est sûre en tout cas : j'ai jamais autant aimé Saint-Cast et la Bretagne, la Manche et son eau glaciale, la nuit et son obscurité, que ce soir là où main dans la main, Delphine et moi avons traversé la nuit comme le RER C qui me ramenait chez mes parents, à Versailles, lorsque j'étais trop jeune pour avoir peur de l'avenir.

(* raphaël - chanson pour patrick dewaere)

2 octobre 2010

Tu m'aimes mais tu le sais pas encore

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Je suis à Lancieux depuis trois semaines déjà, et je me suis baigné qu'une fois. Le temps est mauvais, l'eau est froide. D'ailleurs la seule fois où je me suis baigné, c'était depuis le bateau. Ca compte pas vraiment. Une fois un peu au large j'avais plongé depuis le bateau. L'eau était glacée, mais choquer, border, toutes ces conneries m'avaient filé chaud. J'avais nagé autour du dériveur, Rodrigue m'avait rejoint, on s'amusait à se planquer contre la coque pour que Céleste ne nous voie plus. On passait sous le bateau à la nage, pour lui faire peur en réapparaissant du côté qu'elle ne soupçonnait pas.

Ca fait trois semaines donc. Je sens que mon séjour se termine bientôt, je suis encore un peu torché de la veille. Alors je suis descendu à la plage cette aprem avec la ferme intention de me mettre à l'eau. Il est 16h, avec une huitaine de potes on prend une bière au café de la plage. Le ciel est gris, plutôt bas, et l'atmosphère est lourde. Y aura sûrement un orage cette nuit. Le vent s'est complètement calmé et d'ailleurs la mer est quasiment vide, tous les bateaux sont restés sur le sable. Je suis dans ce genre d'ambiance où même en plein air, la plage semble comme enfermée dans une boite. À la moitié de ma 1664, Céleste lance à tout le monde : "Bon qui vient se baigner ?". Saisissant au passage l'occasion de faire ce que j'avais prévu et en plus en bonne compagnie, je réponds direct que je finis ma bière et que je viens avec elle. Une fois quelques autres blagues échangées parmi le groupe et ma bière finie, je pars à l'eau avec Céleste.

Ce petit jeu inévitable en Bretagne qui consiste à patienter dans l'eau jusqu'aux genoux pendant des minutes et des minutes, dure encore un peu. Jusqu'à ce qu'un gosse raboule. Il est petit, d'environ sept années, Céleste le connait. "Ca va Quentin ?". Elle a fait quelques baby-sittings certains étés, elle connait donc pas mal de mômes sur ce coin de la plage. Quentin se joint à nous. Lui aussi rechigne à se foutre à l'eau. Je souris à Céleste et Quentin. Sans vraiment de raison d'ailleurs ; je crois que je suis juste sincèrement content d'être là avec eux. Le gosse m'apprivoise et prend la confiance, il commence à vaguement m'arroser pour que je me mette à l'eau. Céleste éclate de rire. Je riposte en faisant exprès de faire peur au gamin tout en étant sûr de ne pas le toucher, histoire qu'il se barre pas en chialant et que je perde pas tous mes points auprès de Céleste. Céleste continue de rire d'ailleurs. Et son rire me fait plaisir, il m'apaise, me solidifie, me remplit de moi-même. Alors que Quentin me lance un coup d'eau un peu plus poussé que les autres et que je fais semblant d'être offusqué, je me rends compte de quelque chose. J'ai eu 24 ans il y a quelques jours. J'en ai parlé avec mon oncle psy, il m'a dit que mes angoisses venaient de là. Du changement de vie, du quart de siècle qui fait tellement de bien et tellement de mal à la fois quand il passe. L'envie pressante de trouver un travail à l'avenir, l'envie de construire la cathédrale de sa vie, l'envie de trouver une fille, une vraie, j'entends par vraie fille une fille avec qui fonder et j'insiste sur le mot, avec qui fonder une vraie relation, toutes ces envies sont normales et poussent en moi. En me faisant mal mais en accomplissant ce que j'attends quand même. Ca fait trois semaines que je passe mon temps proche de Céleste, à lui raconter mes problèmes, à la regarder m'écouter, à l'aider à résoudre ses problèmes à elle, à la serrer dans mes bras. J'aime Céleste, je me sens bien quand elle est dans le coin. Je me sens fort, je me sens prêt quand elle se focalise exclusivement sur moi. Ce gosse, cette mer moins froide, Céleste et moi sans nos potes, j'ai l'impression de me voir dans quinze ans. C'est ça. Ce Quentin est mon gosse, ce Quentin est notre gosse à Céleste et moi. Du haut de mes 24 ans et en plein basculement, je perçois Céleste comme la fille, comme la future femme que j'aimerais avoir pour moi. Je la regarde jouer avec Quentin, je trouve en elle la mère qu'elle sera un jour. Je ne suis pas fou amoureux d'elle, je crois que je ne suis même pas encore amoureux d'elle. Et c'est précisément ce que je cherche. Si je tombais fou amoureux d'elle, on sortirait ensemble, on se déchirerait, tout serait fini en quelques mois. Je veux la vie entière. Et la relation que j'ai aujourd'hui avec Céleste, porte en elle la vie entière. Sa peau est douce, si douce que je ne voudrais que la caresser sans même jamais oser lui faire l'amour. Son visage n'est pas particulièrement beau, mais il a quelque chose. Sur les photos d'elle quelque chose se passe, derrière ses lunettes de soleil XXL elle a un côté célébrité des sixties, sans même qu'elle s'en rende compte. Quand elle lâche ses cheveux et qu'ils tombent jusqu'aux épaules, je me sens être son futur mari. Au fond j'ai jamais voulu d'une femme au visage si beau qu'il m'ennuierait au bout d'une dizaine d'années. Je ne veux qu'une femme à la peau douce. Et puis Céleste a ses problèmes, elle revient de loin et n'est pas encore arrivée. Le genre de meufs qui n'a pas encore chassé tout ses démons. Du coup je me sens utile pour elle. J'ai l'impression de la soigner à chaque fois qu'on est ensemble, ça me donne un rôle, une fonction, ça me donne du pouvoir, et personne ne reculerait devant un peu de pouvoir.

Quentin est remonté aux serviettes. Céleste avance plus loin dans la mer. Elle se glisse dans l'eau d'un mouvement ralenti, jusqu'au cou, pour ne pas mouiller ses cheveux noués. J'attends quelques vagues de plus, puis je plonge. Tête la première, l'eau sur mes tempes et mon crâne me pétrifie. J'essaie à la fois de prolonger ma coulée parce que j'aime l'eau, et de ressortir la tête le plus vite possible parce qu'elle est quand même froide. Céleste est là, on ne se dit pas grand chose. Elle est de ces filles à qui j'ai pas besoin de dire quoi que ce soit quand je suis avec elles. Céleste est avec moi, on est seuls, elle me rassure. Mais on est en Bretagne, et même si l'eau est moins gelée, Céleste propose qu'on remonte. Je la suis, même si j'aurais voulu prolonger ce moment le plus possible. Je m'en fous, y en aura d'autres. Les vacances sont pas finies, Céleste aura d'autres problèmes, on aura d'autres discussions. En remontant déjà réchauffé par l'air lourd, je me rends compte qu'un jour je proposerai à Céleste de sortir avec moi. Dans 4 jours, dans 3 mois, dans 2 ans, je sais pas du tout, mais je sais que ça se passera. Cette pensée me réconforte mais je me dis que le jour où je lui proposerai, je sais pas du tout ce qu'elle me répondra. Céleste me marque tant que je pourrais écrire des pages et des pages sur elle ; mais ça n'empêcherait pas cette biatch d'envoyer une dizaine de chapitres potentiels au tapis rien qu'avec un "non" ou un "on reste amis". Y a peut-être un mur devant moi, mais je continuerai de rouler tant que je me le serai pas pris dans la gueule. "On n'est heureux qu'avant d'être heureux" (Rousseau).
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17 septembre 2010

On s'en va pas

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En arrivant à notre point de rendez-vous je savais pas trop à quoi m'en tenir. Entre nous l'histoire était longue et déjà chargée. Je lui avais fait du mal, elle m'avait incendié, on s'était retrouvés cet été, quasiment par hasard. On s'était dit qu'on prendrait un café à Paris pour la rentrée. C'était maintenant. Elle était arrivée exténuée, énervée. En gros elle était juste intimidée je l'avais grillé tout de suite. C'était la première fois qu'on se voyait sobres. J'aurais dû être intimidé aussi mais j'avais un peu changé. Régression ou progrès, pour surmonter ma gêne je lui parlais comme un vendeur parle à un client. Elle restait stressée, j'avais déjà envie de me barrer.

Arrivés au Parc Monceau on s'est posés dans l'herbe avec des bières. Le soleil déclinait et elle avait trop chaud. On a parlé du présent, du futur, du passé. C'était vraiment pas bon signe. Le soleil a filé, ça commençait à cailler. Au bout de deux heures j'ai commencé à lui dire que j'étais fatigué, que j'allais rentrer chez moi. Sautant sur l'occasion, elle m'a fait la gueule, tout en tentant de me convaincre de rester, pour dîner avec elle. Je rechignais. Elle m'a fait un petit scandale dans le métro, me faisant passer pour un mec odieux. J'avais aucun respect pour elle, aucun plaisir à être à ses côtés, puisque je voulais rentrer chez moi. C'était en effet pas la seule solution. "On peut dîner ensemble et aller boire un verre. Au pire tu pourras dormir sur un matelas chez moi si tu loupes ton train". Refusant le bar, acceptant le dîner, je l'ai suivie.

On est montés dans un appartement complètement vide en plein XVIe sud. Ca avait de la putain de gueule. Elle était seule dans ce truc pour quelques jours. C'était l'appart' d'une pote qui lui avait vite fait refourgué avant de le vendre pour de bon. On a commandé des sushis, le livreur ne se pointait pas avant une heure. Putain j'ai flippé. On n'avait rien à bouffer, on n'avait pas de télé, pas d'Internet, plus forcément grand chose à se dire. J'ai pris les choses en main. J'ai allumé la chaîne audio pour foutre Nostalgie. J'ai ramené près de nous les bières restantes et les bouteilles de blanc qu'on avait prises chez l'arabe d'en bas. Entre nous, posées sur le matelas où on s'était assis, elles me rassuraient. On a parlé de nos vacances en Bretagne. L'alcool montait. La conversation est partie vers des sujets genre le bateau, le religion, Dieu en personne. Ce con. Je lui ai montré mon Citadelle que j'avais avec moi. Elle m'a reproché de lire ce bouquin au lieu d'aller à la messe. Elle avait pas forcément tort. Pourtant je lui ai soutenu que Saint-Ex disait la même chose que son curé, mais en un peu plus joli. Je lui ai cité des passages, elle est restée incroyablement sceptique. Voyant minuit arriver, j'ai décidé de ne plus partir de chez elle. J'ai décidé de dormir là-bas ; par pur esprit pratique. J'étais trop fatigué pour rentrer chez moi, si loin, si tard.

Elle est partie se coucher dans une chambre, me réservant le matelas du salon. Je laissais Nostalgie tout bas, pour m'endormir en sifflotant. Alors elle m'a envoyé un texto depuis la pièce voisine : "Arrête de sifflez et rejoins-moi". Je lui ai dit de venir elle, le matelas du salon était plus grand que le lit de la chambre. Elle m'a rejoint. J'étais torché, mais je voulais rien faire moi-même pour pas qu'elle me reproche quoi que ce soit à l'avenir. "Tu m'as baisée puis tu m'as jetée, c'est ça ?!", "Non, c'est pas moi qu'ai commencé". Sur le moment, j'étais pas coupable. Trop bourré pour me rendre compte que j'allais faire une connerie, j'attendais juste de voir si ce qui devait se passer allait se passer.

Au bout de quelques minutes elle m'a embrassé. J'aimais son souffle, ses cheveux attachés. On a fait l'amour. C'était bien. J'avais souvent voulu, imaginé lui faire l'amour. J'étais heureux de passer à l'acte avec elle. Surpris de voir qu'elle se laissait faire. Plus tard, elle s'est endormie. A moitié insomniaque, je m'attendais à pas dormir avant des heures. Mais tout s'y prêtait. Le silence de la nuit résonnait dans la pièce, l'air sentait le sexe, la fatigue et l'ivresse me berçaient. Pas de bruit, pas de couleur, que du noir. La Terre était éteinte, je me suis endormi.

Le lendemain j'ai réussi à être un mec aimant. Ce que j'avais souvent foiré avec d'autres filles auparavant. Peut-être que j'étais sincère cette fois. J'ai réussi à partir de chez elle sans être trop brusque, sans qu'elle trouve une raison de me faire la gueule pour quoi que ce fût. C'était une prouesse. En racontant ça je me dis que je fais très connard. Mais c'est pas le cas. En arrivant la veille à notre rendez-vous, jamais j'aurais imaginé me réveiller avec elle dans un appartement vide une douzaine d'heures plus tard. Je n'ai rien fait de mal en somme. Pourtant je sais que bientôt elle me reprochera cette nuit. Cette nuit où je me suis laissé guider de A à Z, où je n'ai pris aucune initiative, volontairement. Cette nuit j'ai tout fait pour que jamais elle ne me reproche rien. Mais elle le fera quand même. Parce qu'en rentrant chez moi, dans la rue, parmi ces gens qui ne savaient rien et surtout qui n'en avaient rien à foutre, j'ai compris qu'elle était quelque chose comme amoureuse de moi, quelque chose comme en train de croire qu'on sortait désormais ensemble. J'aurais dû croire la même chose. A regarder cette soirée et cette nuit, je me disais qu'il y avait tout. Tout ce que j'aimais, tout ce qui rentrait dans ma définition à la fois du cool, et de l'agréable. Pourtant je pouvais pas m'empêcher de ressentir un manque. Le tableau était parfait : le parc, les bières, le métro, l'appartement, Nostalgie, le vin blanc, Dieu, le matelas et l'amour. Y avait tout eu, sauf ce qui avait manqué et que je pouvais pas nommer. Je revoyais pas cette fille avant plusieurs jours, mais j'allais bien devoir lui avouer qu'on sortirait pas ensemble. Je me retrouvais devant quelque chose que j'avais jamais pratiqué auparavant : le coup-de-pute-pas-de-ma-faute. On se sent moins coupable, l'autre souffre autant, et on se sent plus minable.

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25 juin 2010

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© Vincent Frémont

Je veux la vie de 3% de mes potes Facebook. Je veux traverser les Etats-Unis d'est en ouest. Je veux qu'on me traite de cliché. Je veux n'avoir rien à foutre de mes journées. Je veux n'avoir pas vraiment fait d'études. Je veux ne m'être jamais mesuré à personne. Je ne veux pas savoir si je suis mieux ou moins bien qu'un autre. Je veux être petit dans une piscine géante avec une vue sur la côte au loin, comme dans La Piscine de Jacques Deray. Je veux du champagne. Je veux beaucoup d'amis chez moi tous les jeudis. Je n'aime pas le champagne. Je veux aussi du Ricard partout. Je veux que le Ricard devienne cool. Je veux ne plus inviter mes amis pendant 2 mois si ça me chante. Je veux que le monde tourne, avec ou sans moi. Je ne veux pas d'enfants. Je veux une femme. Je veux la voir bronzer dans son maillot sombre une pièce. Je veux une femme blonde. Je veux qu'elle soit grande. Je veux qu'elle vienne d'ailleurs, parce que j'ai vu beaucoup de filles dans ma vie, et je ne vois pas comment une "fille d'ici" pourrait me plaire. Je ne veux rien reconnaître en elle. Je ne veux pas connaître son lycée, pas connaître sa ville. Je veux que les noms de ses amis soient des noms que je n'ai jamais entendus de ma vie. Je veux que ma femme ait de beaux seins. Pas trop petits, pas trop gros, la normalité en termes de taille de seins. Cette seule taille où naît la beauté qui crée chez l'homme pas le vrai plaisir, mais la sérennité. Ces seins qui basculent dans le vide et rebondissent dans l'air lorsqu'ils sont soudainement virés d'un soutif ou d'un haut de maillot. Ces seins qui débordent un peu mais jamais trop, ces seins qui remplissent tout juste l'espace et donnent un ordre à chaque chose du paysage. Je veux parcourir les routes en Royal Enfield. Je veux voir le décor défiler, la tête complètement vide. Je veux n'entendre plus que le silence. Je veux ne parler qu'au vent, aux canyons et aux concierges de motels, d'hôtels (comprends la variation dans le bon sens). Je ne veux surtout pas parler à ma femme. Ou bien trois phrases par jour, comme dans Lost in Translation. Je veux vivre en vacances. Je veux gribouiller un dessin et le balancer sur Internet sans rien en attendre. Je veux qu'on m'ait oublié. Je veux qu'on ne vienne plus s'agglutiner au grillage gigantesque qui marque l'entrée du parc de ma maison. Je veux ne pas écrire de phrases pédantes comme la précédente. Je veux toutes les fenêtres de ma maison ouvertes. Je veux qu'il fasse chaud, chaud comme il faut. Je veux vivre torse nu et en short toute ma vie. Je veux vivre loin de ces filles qui n'aiment pas les mecs en short. Je veux porter un maillot de bain du lever au coucher du soleil. Je veux dormir à poil. Je veux un lit si grand que je pourrai choisir d'y dormir seul dans un coin, ou avec ma femme. Je veux un soir décider de bien m'habiller, pour aucune occasion particulière. Je veux une maison sur un seul étage. Je veux une terrasse de la superficie de ma maison. Je veux le vide au-dessous de ma terrasse. Je veux un fond sonore du genre de Look de Tellier, du genre de Heartbeats de Gonzales, ou un morceau qui a été avant-gardiste un jour. Un jour, mais plus aujourd'hui, parce que je veux être loin du passé. Je veux être hors du temps comme hors du monde. Je veux voir la mer depuis mon balcon, la regarder comme l'une de mes dernières interlocutrices. Je veux descendre parler au paysan du coin. Lui demander comment vont ses olives, ou ses raisins. Je veux être un mec bien. Je veux être pur comme de l'air. Je veux flotter comme l'air, je veux être transparent comme l'air. Je veux avoir tellement respiré que je deviendrai moi-même de l'air. Comme l'air à 11,000 mètres de profondeur, je veux disparaître. Je veux être de l'eau à 11,000 mètres. Je veux vivre comme si j'étais proche d'une mort qui ne viendra jamais. Enfin je voudrais.

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24 juin 2010

La surprise comme Algérie - Angleterre

De l'urban foot, un polo Ralph, une New Era, l'un des plus gros espoirs du rap français, et voilà l'un des premiers artistes qui osent tâcler l'EDF allègrement. Morceaux choisis :

"Si j'avais eu la chance de faire partie des 23, j'aurais mouillé mon maillot pas comme c' connard d'Anelka"
"On mérite nos salaires, pas comme Ribéry ou Gallas"
"Si t'as pas envie de jouer casse-toi, dégage, dégage du terrain, sors fils de pute"
"Les joueurs ils veulent être des racailles, et même les meufs bien veulent être des Zahia"


kennedy - mouille le maillot


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8 mai 2010

Mais en bas c'était un cactus?


Le soleil se couche, je rentre d’une très lourde demi-heure de jet ski dans la mer d’Oman agitée par la lumière déclinante. On arrive en bombardant sur le sable, les Indiens se barrent en courant et nous engueulent. « Tiens récupère ta bécane fils de pute », je la leur jette comme une meuf après l’amour. Je rejoins le reste de mes potes sur les transats. La tournée de Tuborg et de Vodka Sprite arrive pile à temps. Une mélodie de Trance Goa commence à raisonner dans le ciel aussi loin que celui-ci n’a plus de limite. Les Indiens errent, hébétés. L’alcool monte à la tête avec la fatigue et la chaleur. Je jette un regard ambiance « Ce soir tu vas prendre » au groupe de Scandinaves d’à côté. Je me lève, claque quelques petits mouvements de coupé-décalé et je scrute l’horizon. Pas de moment lyrique non non, je cherche. Je cherche l’ombre au tableau. Je regarde autour de moi, je regarde ma journée, avec une frayeur qui me file une érection je jette un coup d’œil à la soirée qui s’annonce. Où est le piège ? C’est Goa, pas de piège. Ces pédés de roots l’ont bien compris dès les 70’s.

Des roots y en partout ici. Le soir les plus weird se donnent rdv dans des clubs gigantesques à quelques dizaines de mètres des plages. Sauf que cette fois, je suis là aussi. La trance est omniprésente. Je me fonds dans cette musique qui s’éclate la gorge pour en faire sortir le mal occidental. Je comprends tous ces hippies et ces freaks qui à Goa depuis 40 berges ont formé une sorte de vie dans la Vie. Le soir au West End à Calangute ils se déhanchent sur cette musique qui bombarde tellement les oreilles qu’elle ne laisse plus le choix de rien, même pas le choix de penser, surtout pas le choix d’attendre. Les hippies et les freaks dansent en pleurant, à cheval entre l’Occident malade et Dieu. Avec une teille de vodka dans le bidou je me joins à leur complainte. Mais moi, je pleure de joie. Ce mal est trop beau pour qu’on veuille y foutre un terme. Je veux rester prisonnier de cette musique et de cette société. Cette trance je l’aime parce qu’elle est tout ce qu’il y a de moche donc de jouissif dans le monde d’aujourd’hui. Je l’aime surtout parce que je suis complètement torché et que je me dois de faire bonne impression devant la Danoise qui me mate depuis 10 minutes. Cette trance, tout le monde l’aimera. Parce des Danoises il continuera d’en venir à Baga Beach. Parce que des teilles de vodka en boite à 10 boules il continuera d’être possible d’en payer.

Fini les conneries. Goa n’est plus faite pour les hippies. Virez-moi tous ces dreadlocks et ces gosses blonds qui vivent à poil au milieu des chiens sauvages. Foutez-moi un énorme coup de balais dans ces tas de touristes bobo fumeurs de oinj’ qui viennent du Canada, lisent Shantaram et disent « Yeah… this was a very shanti place ». Y a trop de sueur et de violence à Goa pour que les babos y restent. La croisade pour reprendre Goa aux camés a commencé. C’est comme si l’argent faisait un pas de plus. Les jeunes blancs riches débarquent dans les spots de pauvres. Il ne restait plus aux hippies que Goa ; eh ben c’est fini. Le riche peut se payer sa teille de vodka à Saint-Trop’, mais il en veut plus. Alors il part désormais à Goa pour se payer ses 4 teilles de vodka dans le bar d’une plage paradisiaque où (juré) nagent au loin quelques putain de dauphins. Poussez-vous, je veux tout. Je veux ne laisser de place à personne d’autre qu’aux gens comme moi.

Il est huit heures du matin. Avec quelques bières et deux teilles de vodka dans la carlingue je me fighte contre les vagues dans une mer qui n’a pas refroidi. Torchée en train de dormir m’attend à côté d’un transat renversé Charlotte, ma Danoise préférée. Dans 20 minutes on baise et c’est comme si cette soirée était le dernier coup du lapin foutu aux hippies mes ennemi. Chaque vague qui me renverse vénère, chaque respiration laborieuse qui rapproche un peu plus Charlotte d’une galette imminente, tout ça pousse un peu plus au loin les radeaux des derniers roots que la vodka a fait fuir. Goa n’est pas l’alternative au monde contemporain, elle en est le pur produit

23 avril 2010

Donne moi tes seins



T’as fait partie de la bande de Dharamshala. T’es Irlandaise. La première fois que je t’ai vue justement c’était 15 minutes avant de monter dans le car. Je me suis dit putain enfin une blonde, enfin une pas trop moche : je vais pouvoir reléguer ce long mois d’abstinence au doux rang de souvenir. Mais c’était juste avant que déboule un Japonais avec sa tête de Japonais et son sac-à-dos. Je me suis merde pas de chance pour ma gueule. À Dharamshala j’ai appris que t’étais maquée avec ton bridé de merde depuis à peine dix jours. Je vous voyais bien vivre votre vie de petit couple merdique donc je me suis rien laisser espérer. Mais je me suis quand même dit que vous seriez plus ensemble d’ici trois semaines. Pendant les deux soirées du week-end t’es venue me parler une fois bourrée. Tu m’as demandé pourquoi mon accent Anglais était si bon alors que je suis Français. T’as joué la carte de la politesse attentionnée ce qui je l’avoue m’a troublé au début : « putain elle veut qu’on baise ou pas du tout ?! ». Au bout du troisième jour j’avais raccroché. Tu pouvais te le garder ton loser de boyfriend. Je suis allé me balader avec un pote dans les montagnes. À plus de 5000m d’altitude on a remonté une cascade, on était seuls au monde et j’ai touché le ciel. Je t’avais complètement effacée de mon esprit.
Ca aurait pu se finir comme ça si la nuit dernière j’avais pas bizarrement rêvé de toi. Tu dormais dans un méga lit avec ton tocard mais j’étais là aussi. Je m’étais foutu sur le côté pour être dos à toi, parce que tu t’en souviens dans les montagnes j’étais passé à autre chose. Ton baulaus (cc @Matthieu_M) ronflait, soudain j’ai senti ta main se glisser dans mon calbut’. T’as commencé à me caresser la bite et ça me faisait du bien mais je voulais limite que t’arrêtes, pour pas que ta brèle de mec nous surprenne. Au réveil j’ai compris qu’au fond t’avais toujours voulu qu’on couche ensemble. C’est fou comme parfois un rêve peut filer tellement de conviction qu’il force à transformer une réalité qui serait restée la même sans ça.
Et ça va pas non plus se terminer comme ça parce que notre voyage en car avec la bande de Dharamshala c’était y a à peu près trois semaines. Et mercredi, tu fêtes la Saint-Patrick chez toi et tu m’as invité. Je sais d’ores et déjà que mercredi ta marionnette nippone n’existera pas face à moi. Parce que depuis Dharamshala t’as compris que c’était un naze, un putain de pantouflard qui fait des polaroïds et a les discours de Steve Jobs sur son Ipod. Alors que moi je suis le mec qui t’as ignoré, appelé par quelque chose de plus grand qui cette fois-là, s’appelait l’Himalaya. Je récapitule donc : j’ai préféré la montagne, et tu m’as préféré. Donc au final je vais te baiser quand même.
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lcd soundsystem - home
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11 avril 2010

J'ai le MySpace du petit Jésus, même le MSN à Saddam hussein.


Souvent le matin après une race, j’ai mal à la tête, j’ai envie de vomir, je me dis que je suis qu’une merde. Mais parfois une sorte de miracle se produit : je me réveille pas trop tard, quasiment frais, les idées claires. Comme j’ai l’impression d’avoir été épargné par Dieu ou n’importe quel autre truc du genre, je décide de jouer le jeu : Dieu m’a fait une fleur, je vais lui montrer qu’il a misé sur le bon gars. Alors, tout devient symbolique, et chaque petite action que je fais est un pas de plus vers une rédemption virtuelle. Je me lève avant 11h parce qu’on nous a tous toujours dit qu’il était mal de se lever tard. J’ouvre toutes les fenêtres de mon appart' pour faire rentrer cet air ultra pollué mais dont je me force à croire qu’il est pur, qu’il est le vent du renouveau. Je fais mon lit pour que ma couette soit bien plane, et mes oreillers bien disposés, persuadé que ce lit est à l’image de ma tête.

Avec 6h d’avance sur le timing de mon dernier lendemain de race, je file à la salle de bain. Là je me fais la totale : d’une part je me force à me doucher à l’eau un peu froide pour me punir, mais d’autre part je me lave enfin les cheveux. Je verrai personne today je peux me permettre de pas avoir de volume. Et puis je me rase. Ce truc qui ne m’arrive qu’une fois toutes les trois semaines, je décide de le faire en ce jour précis de renaissance dans tous les sens. Une fois le corps nettoyé je passe à mon esprit. J’allume mon ordi, cette fois pas pour m’engloutir toute une saison de Dexter ou des Filles d’à côté, mais bien pour me brancher sur France Inter, voire sur France Culture quand je me suis mis une race vraiment honteuse. Et puis souvent j’ouvre une page Word et j’écris un petit texte, parfois dans l’esprit de celui-là.

Une fois le texte écrit j’ai une preuve de ma nouvelle bonne conduite. Alors je sors faire des courses et j’achète des trucs que je vais me cuisiner pendant mon redemption day, mais qui ne feront qu’encombrer mon frigo dans la semaine à suivre parce que jamais plus je voudrais y retoucher. Pour me saper en ce jour particulier je ressors mes mocassins, une chemise que je rentre dans mon futal. Je sors limite une petite veste et mes lunettes, pour que les gens dans la rue ne se doutent définitivement pas que 8h auparavant j’engueulais des poteaux ou renversais de la bière sur les seins d’une moche. Une fois rentré chez moi je me pose sur mon lit et je regarde ma journée passée. Je me dis que c’est bien, je peux avoir un peu moins honte de moi. Dieu qui avait foutu toutes ses économies sur moi, a eu raison. D’ailleurs en y repensant un peu plus, je me rends compte qu’au fond ce que je pensais être Dieu, c’est juste l’ombre de mes parents qui me rattrape alors que jamais je l’aurais cru. Pourtant c’est bien ça : mes parents n’ont jamais autant de pouvoir sur moi que quand je me réveille après une taule à des milliers de kilomètres de chez eux. Enfin, une fois que je me suis rendu compte de tout ça, je me dis que le supermarché va bientôt fermer, et que si je me grouille pas je pourrais pas m’en caler une dégueulasse ce soir. « Chaque fois ça pète et je reconstruis ».
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tekitek - agent orange
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