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13 juin 2011

Voie lactée


Vous nous connaissez un peu, on est pas du genre à se rouler par terre pour dégoter des posts sponsorisés, ni trop du style à lâcher des communiqués de presse, machin-machin, on a toujours voulu faire un peu plus mieux/différent que les ¾ de l’internet mondial francophone qu’on conspue à langueur de journée.
Mais enfin, on est pas pour autant des enfoirés, et quand on est invités à un mariage, généralement on dégaine une petite carte de remerciements après coup, c’est poli, ça le fait bien, et puis mine de rien, c’est la moindre des choses. On a bien rigolé, bien bu, on a chopé une jolie fille avec une robe beaucoup trop courte pour être honnête et des yeux qui citaient malheureusement Virginie Despentes, des potes passaient des disques, y’avait tous les copains : bref, on s’est bien amusés.
Pour la faire courte, c’était hyper polygame comme mariage, les Creators project (Vice x Intel etc., on va pas tout refaire) à la Gaîté Lyrique la semaine dernière. Pour la faire simple, ça tirait un peu vers la partouze, on savait plus trop où donner de la tête, mais à deux on s’en est (à peu près) sortis.

Jeudi :
C’est vrai qu’on était agréablement surpris de se retrouver avec un bracelet gris et que du coup, on a pu être un peu pas cool avec ceux qui faisaient la queue, mais bon, désolé, c’est la V.I.P.
On avait pas de bac à bosser ni rien, donc on était là dès jeudi soir, et j’ai fait le tour des installations un (deuxième) verre à la main, pendant que j’attendais les jackpotesses 2011 Jantana et Hans. Y’avait des trucs chelous, et des trucs cools, et des trucs que j’ai pas trop compris. Y’avait les délires de Black Dice et la danse des mots de Cunningham, une installation avec, je crois, 72 néons qui s’appellait donc comme ça, 72. Le Life On Mars Revisited était bien éprouvant aussi, puisque ça consistait à altérer ledit tube, voire à le détruire, ce qui est assez paradoxal et douloureux, mais globalement, j’ai trouvé que ça donnait plutôt l’air intelligent de voir tous ces trucs un peu geekos. Bref les meufs sont arrivées et je suis allé me recroqueviller dans Monumenta.
De mon côté, je débarque avec le Hans (qui écrivait aussi ici donc c'était ambiance pot au feu familial) jusqu'à qu'on découvre les fameuses installations. Ainsi, on essaie de paraître intelligentes devant ceci, voire de lâcher des "brillant" à tout va devant les goutelettes d'Electronic shadow. On fait connaissance avec un bloggueur parfum (?) pour finalement rejoindre la grande salle où Glasser officie. Le spectateur se dandine mollement parce qu'il n'est pas encore de bonne augure de taper la macarena sur de l'electro, mais la performance reste assez énergique pour qu'on ai envie de poser un campement entre les spots.
Parce qu'on est des reporters impliquées et que la Gaïté Lyrique est un espace dédié aux cultures digitales, on finit par squatter le jeu vidéo de Mark Essen et à envoyer des drunk texts pendant Squarepusher. Finalement, on lâche nos manettes pour rejoindre Jamie, qui ne cache pas sa joie. Sa capacité à piquer du nez tout en passant des disques reste encore un mystère complet. Un Far Nearer pour la route, et on va déjà se coucher.

Vendredi :

On s’est repointés comme des fleurs le lendemain pour voir Spike Jonze et Arcade Fire, mais bon, on s’y est pris comme des clampins, il était 9h passé et il n’y avait plus de places, sauf pour la projo de 23h, et on a même pas demandé à voir Ivory Tower, on s’est arrachés sans même boire un coup à la Flèche d’Or pour retrouver Hans et ses pinecos, vu qu’il y avait Alb qui jouait et qu’on retrouverait en partie le lendemain, vrais rémois font vraies choses, tout ça.
Ce vent-dredi nous aura uniquement appris qu'une marque de soda sort sa version dark d'un autre soda. A défaut d'avoir raté la conférence sur les clips et les courts métrages, on aura au moins le mérite d'avoir des trucs à raconter si Guy Lagache nous interroge sur le marketing du plagiat.

Samedi :

On était pas là pour beurrer les sandwichs, donc on a fait le grand chelem en revenant le samedi qui avait un peu une gueule de feu d’artifices. Jonglant entre les cautions pour les verres jetées comme des confettis, le coin fumeur et toutes les têtes connues qui étaient toutes là, même seules, et souvent torchées avec le BlackBerry à la main (moyen d'échanger un nom contre une twitpic de seins), un peu comme nous en fait.
Vu l'échec de la veille, on était bien déterminés à se la jouer sérieux pour la boum de fermeture. Tous se pressent devant Acid Washed, on s'étonne même à reconnaître "General motors, Detroit, America", puis on fait quelques allers retours entre l'installation d'Animal collective qui surplombe le bar et le live d'Adam Kesher. S'ensuit la performance d'un "incroyable petit chinois" (selon un barman) qui s'avère être coréen, qui s'avère être Lumpens. On fait littéralement du saut d'obstacle pour rejoindre les copains du Club Cheval (oui, j'ai osé) pour conclure avec Yuksek, qui fête la 1ère de son live à Paris. C'est beau, les gens sourient et tentent le lip dub sur "On a train", bref, la salle accueille à bras ouverts le retour du rémois.
La fin est proche, et nous, déjà tristes de quitter ce qu'on considérait comme notre nouvelle maison.

6 juin 2011

Journaliste.

Si j'étais une bloggueuse mode influente, je pourrais qualifier cette reprise d'Arcade Fire de "grandiloquente" voire d' "aquatique" et utiliser d'autres termes pompeux qui te feront comprendre qu'une influence Mount Kimbiesque s'est glissée dedans (en gros).
Pour insister sur ma volonté à te prouver que cette cover touche à la perfection, je te conseillerais même de l'écouter sans modération car cette nouvelle sensation compte bien buzzer cet été, et que cette voix atypique fait d'elle une découverte - perle rare - James Blake au féminin (rayez la mention inutile)

Je me reposerais finalement sur l'avis pertinent d'une collègue pour te faire accepter le bien fondé de mon propos. C'est Automatic Druggie qui a dit que c'était super ;)


Musicalement.

1 avril 2011

Non parce que bon.


Ce n'est pas parce qu'on n'intervient pas de manière active dans vos débats qu'on ne le suit pas. Alors, quand on lit des trucs similaires à celui du dernier post de Dimitri, on rit, on se moque, puis, parfois, on réfléchit. Par exemple à ce qu'est réellement un blog musical et aux raisons qui font de ce truc une vaste blague. (si t'as pas suivi, c'est une collab entre JNTN et Matthieu, oué)

Facile d'imaginer le lecteur "lambda" de La Frange : il porte un jean APC qu'il n'a pas lavé depuis peut-être trop de temps (si c'est un mec), il traîne sur des blogs mode pour en rire, il a un compte Twitter et parle beaucoup du dernier album de Metronomy, parce qu'il est "frais". Il n'aime pas vraiment Vadim (trop prétentieux), il n'aime pas vraiment Matthieu (trop jeune pour savoir de quoi il parle), il aime bien Dimitri (plus modeste et mûr que les autres, puis Avel Aveliou, c'est exotique), Jantana le fait rire. Il a trouvé sur La Frange presque tout ce qu'il cherchait : de la musique sympa, des photos de jolies filles, de la lecture (il trouve les livres overrated mais évoque souvent Bret Easton Ellis pour décrire Vadim), un moyen d'expression.

Et il profite de ce moyen d'expression : se souvenant de ses glorieuses notes du bac français (personnellement, j'ai eu 8 à l'écrit), il cherche souvent à analyser les textes qu'il lit ici. Alors il n'y va pas de main morte, il n'y a personne ici pour entourer les mots trop pompeux au feutre rouge : adjectifs parfois abusés ("grand", "majestueux"), phrases qui ne veulent pas dire grand chose ("ça fait plaisir", "tu devrais écrire plus souvent"), comparaisons ("la fin sonne un peu comme les Lois de l'Attraction"), critiques syntaxiques ("trop de ponctuation")... Tout y passe. Puis PARFOIS, il en a marre de parler littérature. Alors il trolle. Le moyen le plus simple est d'insulter Vadim, ça fait toujours réagir. Sinon, il peut, l'air de rien, demander pourquoi on laisse écrire Matthieu. Ou critiquer le manque de nouveauté ("vous êtes en retard sur ce son"), voire, pour varier, le manque d'objectivité ("post de suceuses").

Si tu fais ça et que tu sais pourquoi tu le fais, explique nous en commentaire. On fera un débat, ce sera chanmé. ;)

Mais au fond, il faut être clair : inutile d'analyser nos textes, tout cela n'est qu'une vaste blague, et si tu prends La Frange trop au sérieux, laisse nous t'expliquer pourquoi tu as tort.

D'abord, on écrit pour vous donner envie d'écouter un son ou raconter notre vie. Inutile de se torturer à lire entre les lignes, on est pas là pour déranger ou se justifier (je voudrais btw en profiter pour en placer une pour une fille teubée et obstinée : mes textes ne parlent plus de toi depuis longtemps, sorry).
Effectivement, on pourrait copier/coller les communiqués de presse mais si on ne se cantonne pas à la promotion pure et simple, c'est pas non plus pour se la jouer café littéraire. Tout d'abord parce qu'on se sent assez étranger à ce "blog game". Concrètement, si ça se fonde sur un classement wikio ou au nombre de mots en plus de 5 syllabes par article, c'est pas tellement dérangeant en soi, c'est juste qu'on a l'impression que c'est un concept hyper sérieux alors que c'est comme l'hétérosexualité de Tom Cruise, ça existe pas mais ça semble créer la polémique.

Si t'es toujours pas convaincu, on a encore quelques raisons à te balancer qui devraient définitivement te convaincre d'un truc : on est vraiment pas ceux que tu penses (ceci n'engageant que les auteurs de cet article).

1/ Au moins 50% des membres de La Frange sont fans de gifs ou vidéos d'animaux (salut les pandas roux). On en mate tout le temps, à défaut de se préoccuper du dernier remix uploadé sur Soundcloud par le plus jeune cousin germain de DSK.

2/ On a lu des livres compliqués (oui oui avec des mots dedans), mais on ne se sent pas obligé d'en parler.

3/ On a jamais ri à une blague avec les mots "twidoux", "trouveur" ou "witch house" dedans. Et on n'a pas honte. Au contraire.

4/ On met parfois plus d'une semaine à aller checker notre site de leaks préférés ou notre boîte mail. Tout simplement parce qu'être en retard d'une semaine sur un morceau ne nous préoccupe pas tant que ça. D'un an non plus d'ailleurs.

5/ On fait juste ça pour pécho.

6/ On écoute Rihanna non pas pour montrer un côté "open minded - j'écoute pas que de la House" mais bien parce qu'on aime vraiment "Rude Boy" (et tu le sais si t'es venu faire la fête avec nous dernièrement)

7/ On aime bien inventer des smileys (o:

8/ 100% des membres de La Frange ont déjà pleuré devant Where The Wild Things Are (la scène où Max rembarque sur son voilier surtout).

Alors voilà. Tu t'étais dit qu'on était frais, qu'on était cools. Que tu aimerais être ami(e) avec nous. Que tu aimerais qu'on te tweete, qu'on te poke, qu'on te câline. Qu'on t'envoie des photos de groupe. Mais maintenant, j'espère que tu as compris qu'on était pas aussi fréquentables qu'on le prétend et, surtout, qu'on se fout de tout ça. Qu'on se fout des débats que vous lancez, que les requêtes que vous faites (HELLO COSMIC JOKERS) ne seront jamais écoutées. Sauf quand il y a une histoire de concours de seins, évidemment. Mais on vous aime vraiment, d'un amour sincère, et on vous remercie parfois pour tout ce que vous nous donnez et pour l'attention que vous nous portez. Ca nous excite beaucoup. De manière sexuelle, oui oui.

20 mars 2011

"Vous avez écrit un truc sur mon ex femme en fait"

Hier après midi, les australiens de Cut Copy étaient à Paris pour défendre leur dernier album, Zonoscope, mais ils ont pris le temps de répondre à mes questions parce que ce sont de gentils garçons.

Salut, ça va ?

Oui, super. C'est la 3ème semaine de notre tournée européenne donc on commence à être super fatigués d'être tout le temps sur la route, mais ça nous fait plaisir de revenir à Paris. On a toujours impatience d'y être donc ouais, on est fatigués mais peu importe parce qu'on est à Paris.

J'vais commencer avec une question un peu barbante, mais votre nom « Cut copy » semble correspondre à votre processus de création. Enfin vous faites une sorte d'assemblage, vous coupez/copiez différents sons et vous les assemblez comme des calques. Vous faites ça consciemment ?

Je pense que tous nos albums sont des références à des mouvements artistiques et musicaux, on essaie de prendre les perles rares des 5 dernières décennies et de les rassembler. C'est un truc commun à tous les artistes je crois. Reprendre un élément, lui donner une autre vie ou le mener vers une autre direction, tout en lui donnant une touche sonore un peu plus moderne. Et ça s'applique à la musique et à l'art, y aura toujours des références à des médias très variés. Dans Zonoscope par exemple, on fait beaucoup allusion à des films, le but c'est vraiment de reprendre une pièce aléatoire et de la re-contextualiser.

A ce propos, pas mal de tracks de Zonoscope sont de vraies opportunités pour les remixes

Ouais, c'est vraiment pertinent dans la dance music, et vu qu'avant Cut Copy, on mixait un peu, on a conservé cet esprit. Mais quand t'écoutes bien tous les albums, les sons sont développés et se révèlent être un peu moins tournés vers la dance music ou l'idée d'accumuler les éléments, mais y aura toujours une part de ça dans notre conception d'un album.

Et c'est quoi cette histoire de mixtape « A tale of two journeys » ?

Avec chaque nouvel album, on sort un mix avec, c'est un making of, une sorte de plongée dans les chansons qu'on écoute pendant qu'on compose, les idées qu'on a eues. Après, c'est surtout un truc marrant à faire, maintenant, les gens sont aussi impatient d'écouter la mixtape que l'album, c'est plutôt sympa.

C'est aussi un hommage aux 80's non ?

Oui, dont cette période où pas mal d'artistes étaient inspirés par la culture africaine comme certaines collaborations de David Bowie et Brian Eno ou Graceland de Paul Simon. On était aussi influencés par le mouvement no wave new yorkais avec Liquid Liquid ou Konk, et aussi par certains rythmes africains, surtout dans les vocaux, y a d'ailleurs pas mal d'exemples dans ce mix.
Ca reflète vraiment ce qu'on écoute, et c'est pas nécessairement un truc à jouer en club, c'est probablement trop subtil. On a juste conservé une approche « dance » pour concevoir un mix un peu moins traditionnel.

Vous aimez bien Ariel Pink ?

Oh oui. On l'a rencontré en Australie, dans un festival où on jouait ensemble et on lui parlé de notre chanson « Alisa » sur notre dernier album, qui est une référence à un de ses morceaux. Il était complètement sidéré par le fait qu'on y ai fait référence, sauf que cette chanson parle de son ex, il nous a dit « vous avez écrit un truc sur mon ex femme en fait », c'était assez drôle.
Mais sinon il possède cette troublante capacité à écrire des mélodies brillantes, il a sa propre esthétique, une production assez lo fi et ses vocaux sont vraiment biens. Enfin, il a toujours été LA grosse influence, en particulier sur notre dernier opus.

A ce propos, vous avez l'air super relax pour un enregistrement d'album dans le Making of Zonoscope.

Oui, on est vraiment comme ça dans la vraie vie. Les Krozm ont vraiment fait du bon travail en capturant cet état d'esprit. D'habitude, quand quelqu'un se pointe avec une caméra, t'agis différemment

Ouais, genre les télé réalités.

Exactement, alors qu'eux ont réalisé une représentation assez fidèle de nos vies. Et vu qu'on était dans une endroit très isolé, on était vraiment à l'aise et on a pu expérimenter pleins de trucs. On a travaillé de façon similaire sur l'album, on était vraiment heureux et détendus.

D'ailleurs vous les avez rencontré comment les Krozm ?

(Tim) : En fait, je connais Chris depuis le lycée et je vivais avec Lachlan, et depuis, ils ont fait pas mal de nos vidéos. Ce sont de très bons amis et depuis pas mal d'années donc c'était assez agréable de les avoir dans la même pièce pour le Making of Zonoscope.
En plus d'être des types cools, ils font des vidéos formidables, on aime vraiment leur travail.

Vous leur avez aussi confié la réalisation du clip de « Sun God » qui est un peu votre phase à la Giorgio Moroder, ça ressemblera à quoi ?

En fait, ils ont fait un visuel pour le live, dont un pour Sun God qui est assez incroyable. C'est une référence au vieux film d'Antonioni, Zabriskie Point, et à la fin de ce film, des objets explosent et les Krozm ont réalisé leur propre version de ce passage, c'est assez hypnotique. Mais l'idée c'est de regarder des objets qui explosent en slow motion, et nous on fournit le son. Malheureusement, on ne peut rien montrer ce soir parce que la scène est trop petite.

Et on peut avoir quelques explications sur la vidéo de « Need you now » par Keith Scofield ?

On lui a donné carte blanche pour faire ce qu'il voulait et on a été assez surpris du résultat. On sait plus trop comment on est entrés en contact avec mais il nous a avoué être un grand fan, qu'il voulait vraiment travailler avec nous ce qui était fantastique, vu le respect qu'on a pour ses vidéos.
Quand on s'est rassemblés pour regarder la vidéo, on était vraiment contents de lui avoir confié l'affaire parce qu'il est allé au bout de ses idées tout en faisant du bon travail. On pourrait même l'utiliser pour les Jeux Olympiques.

Ou une pub pour Nike.

Ouais, y a une atmosphère assez tendue.

Vous accordez beaucoup d'importance à votre identité visuelle du coup.

Oui, on a tous plus ou moins un passé dans l'art, le design ou le cinéma donc les représentations visuelles sont aussi importantes que la musique. Y a une grande histoire chez les musiciens qui veulent avoir le contrôle total, comme Daft Punk avec leurs trucs de robot.
Même des artistes comme Cornelius avec le côté handmade de ses vidéos ou Beck, où t'as l'artwork qui éclaire la musique et vice versa, c'est un ensemble unique. On déteste l'idée du « on a un album, est ce que quelqu'un peut faire l'artwork »

Et alors pour Zonoscope ?

On a utilisé l'oeuvre d'un vieil artiste japonais qui s'appelle Tsunehisa Kimura et on l'adore parce que c'est une image assez saisissante et surtout, intemporelle. L'idée que ça peut s'accorder à n'importe quelle ère correspond à notre musique, où y a pas mal de références à pleins de périodes différentes tout en restant moderne. Et puis, le principe de photomontage, d'assembler le naturel à ce qui est fait par l'homme s'adapte également : on utilise des sons « mécaniques » avec les synthés et l'organique, avec la guitare, la batterie ou les percussions.
C'était vraiment la représentation de ce qui constitue notre musique.

Vous étiez au courant pour le Climax Blues Band ?

On savait pas jusqu'à que l'album soit sorti ! En fait, y a 4 différentes versions de ce montage, et eux ont la version avec le voilier, non ? Y a aussi Midnight oil qui a utilisé une de ces versions, mais sinon c'est une coïncidence, on en avait vraiment aucune idée.
En plus, l'artiste est décédé mais on a réussi à entrer en contact avec les éditeurs, et finalement, sa femme nous a laissé le droit de reprendre l'image. Il paraît que c'est une décision de l'artiste qui voulait laisser ses travaux être utilisés par les musiciens. Autant te dire qu'on était assez contents quand elle a retrouvé l'artwork dans son appartement.

Quelques heures après, Cut Copy transformait le Nouveau Casino en festival. Merci les gars.

7 mars 2011

Awards & awkward

C'est en matant les Oscars que j'ai pris conscience d'un constat troublant : les acteurs dont la tête se rapproche de celle d'un expert en cyber culture sont désormais les plus sollicités par la gente féminine.
J'entends par là que le culte pour les pubs Calvin Klein avec Mark Wahlberg (folle époque) a été remplacé par un panel de mecs aux joues dodues et aux bras cagneux mais... comment ? Comment cette nouvelle génération d'acteur fait elle pour être à la fois bancale et bancable ? Comment se la péter quand on s'appelle pas Christian Bale ? Pourquoi la tendance est aux gros sourcils ?
Si je suis dans l'incapacité de répondre à ta dernière interrogation (pourtant essentielle), j'ai retroussé mes manches pour constituer le guide pour choper à Hollywood sans devoir changer son déguisement de type random.

1) Faire ses preuves dans une série

Jouer un ado un peu relou dans une famille "déjantée" est sans doute la voie la plus accessible pour se forger un avenir professionnel. Non seulement ce premier rôle te permet de dévoiler des talents d'acteurs et de porter des fringues bariolées sans que personne ne s'offusque, mais également d'anticiper les comparaisons à venir comme quand on croise un pote du collège sans son appareil de contention. En gros tu t'infliges la dégaine la plus craignos tel le Andrew Garfield dans Sugar Rush pour amplifier l'écart entre cette mocheté d'antan et ton physique actuel disons, différent.


2) Se faire sponsoriser

Après avoir coché la case "série sur les déboires du monde adolescent" sur ta fiche métier, un élément crucial doit faire son apparition dans ta vie de star du petit écran : Band of Outsiders. C'est tout simple, tu t'achètes une chemise à 130$, tu la porte H24 jusqu'à te faire remarquer et l'affaire est dans le sac : on t'appelle pour quelques polaroïds et ta popularité tumblr décolle.
Attention néanmoins à l'effet Jason Schwartzman qui s'est égaré entre le rôle d'acteur et de mannequin à plein temps (dernier film en date : une pub pour une application iPad). Si on évite le pull Celio, on se modère donc aussi sur les photoshoots.

3) Jouer au petit garçon

Les filles sont super attendries par ce côté autiste si propre à certains bibliothécaires : ça s'applique aussi aux types célèbres. Jouer le VIP du jardin d'enfant est une recette qui gagne. Prends Michael Cera (ou Carrie Mulligan) et note le nombre de filles de ta classe qui t'en ont parlé (bien qu'il soit resté coincé dans le rôle du type coincé). Compare ça aux nombres de celles qui connaissent The Situation et fais le constat toi même : une tête de champion te garantit pas la notoriété auprès de la gente féminine. On est pas dans Le Fils à Jo quoi.
On peut également s'appuyer sur Andrew Garfield : dans L'Imaginarium du Docteur Parnassus (oai j'assume), il a une parka dégueue et un bonnet comme on en voit plus, bref, on dirait le meilleur pote d'Huckleberry Finn. Mais comme il a une tête d'enfant, Lily Cole finit par bien l'aimer, et ça, c'est une croix de plus à inscrire dans le tableau des "filles qui n'ont pas pris la fuite lorsque j'ai parlé de mon complexe oedipien"


4) Compter sur le physique de tes potes

Quand t'es pas aussi gâté par la nature que James Franco, tu fais quoi ? Bah tu traînes avec James Franco. Ainsi, Seth Rogen a opté pour le stratagème "copains bonnes" dès Freaks and Geeks, série sur des ados (sérieux ?!) où il donne la réplique à James et Jason Segel histoire de faire comprendre qu'il est trop friendly et que "sa permanente c'est pas si gênant, on dirait Zach Galifianakis en mieux". La fille, rassurée par son aisance ne l'assigne plus au rôle du "funny one" et accepte le remake uncensored de Zack & Miri font un porno.L'avantage du pote trop beau, c'est qu'il fait aussi ressortir ta part d'intelligence. Dans The Social Network, Jesse Eisenberg est bien confronté à Armie Hammer² mais son gros cerveau lui permet de repartir avec 24 nominations sans passer par une scène d'aviron

5)GET LAID

Une fois ces étapes franchies, tu peux désormais tourner avec Rosie Huntington Whiteley comme Shia, ou adopter un nain comme Andrew, bref devenir le Charlie Sheen du XXIIème siècle.

Je précise que la dernière étape a 99 fois plus de chances de se réaliser si tu écoutes le merveilleux album de The Shoes ici

Amitiés

29 décembre 2010

10 décembre 2010

Répandu à Hollywood.

Faits d'armes : Vadim a reçu un mail pour participer au showcase de Taylor Momsen, mais à l'heure qu'il est, il mange des pancakes de l'autre côté de l'Atlantique et a moyennement envie de se taper une session acoustique. Du coup, je m'y colle et je reviens, avec des réflexions plein la tête et une histoire de neige qui m'a donné envie de me pencher sur le "phénomène".

En gros, si tu connais ni Scarlett Johannsson ni Ashley Benson, c'est le bon moment pour en savoir plus sur une blonde aux grands yeux.

La dégaine de Taylor Momsen me rappelle ces petits personnages qu'on dessinait en petite section de maternelle : deux ronds noirs pour les yeux, des traits fins pour le corps et des expressions pas très variées.
Dit comme ça, Taylor s'apparente à la copine du bonhomme bâton mais en vérité, elle représente plus ou moins une catégorie d'enfants sidas de meufs bonnes qui savent s'habiller, mais qui ne le font pas.
Ce look super badass est d'ailleurs très populaire auprès des détenteurs d'une carte de fidélité l'Indien boutique ou des pages modes de certains magazines à 1€ qui admirent cette audace.
Pour situer Taylor, on se fiera donc aux segments parallèles ainsi -et attention, j'ose les grands mots- qu'à Debbie Harry (jeune) pour l'atout charme.
A défaut de regarder des tutoriels maquillages, la petite compose et chante aussi dans son groupe donc, The Pretty Reckless (note le nom trop dark). A partir de là, tu te dis que c'est cool de commencer à cette âge sans devoir passer par la case garage puant + live à Cergy Pontoise, mais :

- c'est quoi ces textes ?
Le délire composition, la tristesse adolescente, c'est joli et tout. Dans ton journal intime. Celui qui est dans un carton avec des Fan 2 empilés dessus.

- pourquoi tant de détresse ?
Les keywords de ses chansons, c'est un peu un dimanche sur twitter ou un livre sur les troubles alimentaires, on l'aura compris, elle vit dans l'obscurité et pleure des larmes de sang.
Mais sérieux, se taper Ed Westwick, faire des pubs pour Madonna tout en faisant du son qui s'apparente à un mix entre Ke$ha et Good Charlotte et s'en mettre plein les poches, c'est quand même mieux que de s'inscrire à la newsletter de job étudiant.
Je répondrais donc à cette question par une autre question, que j'avais aussi adressé à ma pote caillera qui avait insulté le prof de maths : c'est quoi cette rebelle attitude toute pétée ?

Au delà de sa frustration de pas avoir été prise pour interpréter Hannah Montana (même si elle tend à prouver le contraire), Taylor semble bien dégoutée par la vie et du coup, très chiante. J'veux dire, avec Lindsay ou Miley, on avait le droit à de l'animation chaque semaine, là on tellement habitués à la voir en sous vêtements que c'est même plus drôle, et la seule conséquence à tout ce ramdam, c'est qu'elle est devenue un prétexte pour que les bloggueuses modes se fringuent en nuisette et perfecto.

Donc s'il te plaît Taylor, retourne à l'acting, ton look était beaucoup plus irrévérencieux dans le Grinch.

23 octobre 2010

Cri du coeur


Encore un clip animé, mais celui là a été réalisé en pixilation, dans un entrepôt pas très loin de chez moi, et les gars qui l'ont fait me payent régulièrement le Mc Do, ça me fait donc 3 bonnes raisons de le poster.

6 octobre 2010

Édition collector


i know i was supposed to get up early this morning, what i've forgot was the large amounts of alcohol i've drunk yesterday, and more precisely, the headache that made me feel like a Kanye in front of a Taylor Swift : a guy who's gonna screw everything up. i was finally wide awake at 1 pm cause i didn't want to miss the college soccer on espn but i was too starving to watch anything with a empty stomach. so i went out and walked through mount royal park, thinking about yesterday night, and especially about the american apparel ad lookalike girl, the "she's definetely out of my league" kind, because she had the same plumpy lips as scarlett and the same saucy look as sasha, but if i see her again, i won't hesitate to ask her to marry me, just to run my fingers through her hair. i know she is the opposite of what you guys would call an easy target but i don't care. i'm a challenger.

afraid of everyone - the national


The National, je devais en parler en avril dernier mais j'étais trop occupé à écouter les Girls Aloud en traînant sur le tagparfait pour chatouiller ma rétine.
De toute façon, tu comprendras vite qu'Afraid of everyone, c'est de la musique intelligente sans les instrus chiantes, un cross over entre une mélancolie virile et la voix lancinante de Berninger (si tu regardes le live chez Letterman, tu comprendras de quoi je parle) et ok, ça me donne l'air pas très viril, ok, c'est plus très original mais ça reste un plan infaillible pour que les filles aient des larmes brûlantes aux coins des yeux (ce que j'interprète volontiers par "elles ont besoin de réconfort"). Crois moi, ça te laissera plus pantois que n'importe quel classement de chansons pour mecs sensibles.

4 octobre 2010

La beauté de la bougie


CLIQUE POUR AGRANDIR DANS UNE NOUVELLE FENETRE SISI

J’adore les articles à thèmes, c’est un peu ma trademark ici, ça prouve qu’on est toujours dans le bateau. Quand j’ai pas ma combinaison de geek de Tours super relou qui partage des vidéos, j’suis une teenager d’1m68 qui appartient à la fan base groupie de N.E.R.D., mais j’m’en tape. Les teens movies ça m’fait chaud au cœur, je ressemble un peu à Jena Lee et j’vais t’dire parfois j’préfèrerais me pendre, j’suis pas pigiste pour Grazia ni pour Be, mais j’suis dans Glamour, han han, j’suis le new kid on the block.

Ici, je t’offre un debrief de la frange, oui oui. C’est notre birzday, alors on fait un tour backstage, in ze kitchen;

1) Jantana c’est un peu un mix entre Happy Cat et le Kermit d’I Has a Shuvel, genre bath quoi. Si on prend tout dans l’ordre on a A) le capuchon panda qui pendouille sur la poitrine, façon j’aime Where The Wild Things Are, en V.O steuplé, qui veut dire que j’suis une meuf avec une âme d’enfant dans mon corps d’adulte (cf E). B), j’ai un smile à la Nelson Monfort parce que je suis une âme heureuse, C) j’ai des origines ethniques que tu peux pas test et que tu trouves pas au quartier chinois. D) retour au petit A), avec mes petites mains qui empoignent mes couettes en peluche là, Laura Ingalls style, j’suis ingénue mais j’suis aussi timide. Bref, j’suis une meuf en platine, une réclame pour la Trois ors de chez Cartier.

2) Ca c’était pour la street cred, parce que le hip hop a bercé ma jeunesse quand j’m’affalais devant Trace TV, MTV Base et d’autres trucs bizarres en mangeant des BNs. A) j’adore les chaussettes rouges, c’est mon côté François Fillon, C) j’ai mis l’autocollant sous la visière, tu m’as pris pour une perdrix de l’année ? Dans la jungle d’où je viens, le hip hop c’était la seule façon de survivre. Cf :

3) Mes dunks qui sèchent au soleil.

4) Ca c’est Matthieu, mon meilleur copain. Sur cette photo on dirait un peu un rocker sentimental avec son bonnet Daniel Powter (b), le pouce en l’air pour les fans féminines (a), le paysage touristique (la tour Eiffel, c, coupée au montage pour des raisons de copyright), la pose penchée pour montrer qu’il a le pied marin (d), le sourire modeste qui prouve que son succès ne lui monte pas à la tête et qu’il reste disponible pour ses fans par milliers qui sont sa plus belle surprise quotidienne (e), et ces cheveux (f), no comment.

5) Bon ça c’est nous hein.

6) Là c’est Dimitri, c’est une photo bien cachée, là il est drunk, et on reconnaît chez lui les attributs du lover scandinave mais en brun : a), déclaration d’intention, profession de foi, il génère la possibilité d’être suivi en affichant clairement ses préférences sexuelles, alcooliques, géographiques. B), la tâche, indéfinie, elle est le signe du bon vivant, de l’épicurien, du bon compagnon, festif et peu regardant, une certaine heure passée, quant à des exigences primaires. C’est un bon signe pour les groupies qui copient la chanteuse des Kid Bombardos. On passe sur le regard flou, c), les doigts sur la bouche ouverte, pose lascive qui rappelle les grands noms de la pop music : Rihanna, Lady Gaga, Madonna, Boy George et George Michael, et puis d), les cheveux comme signe d’appartenance sociale, qui oscillent entre une pub Cyrillus et Joseph Goebbels, Versailles FTW. T’sais, si tu manges pas de Quick Halal, c’pas plus mal comme coin pour grandir.

7) Ca c’est Vadim, le gus, c’est un peu l’âme de La Frange, le plus beau aussi. C’est un marginal pas très axé sentiment même s’il a un cœur sous sa chemise à carreaux rouges (d), et à la Frange on l’aime tous bien, et quand on le croise on lui donne des cookies parce qu’il adore ça. Sur cette photo on voit vite que c’est un énorme poseur et on va expliquer pourquoi. A), des clubmasters, on sent que le mec a découvert Ray-ban par hasard en 2010 dans le Elle de sa mère et a acheté les premières lunettes qu’il a vues en photo. B) il boit de la bière plus dégueu encore que la Blue Ribbon, et qui vient de chez Marks & Spencer ce qui montre bien qu’il y connaît rien, parce que personne n’achète de la bière chez M&S. C) la fausse barbe de 3 jours, tellement peu fournie qu’on dirait que son pote photographe lui a collé du fusain sur les joues. D), la chemise donc, sponso par Vincent Glad mais avec 3 ans de retard, spécialité de tous les groupes indies selon google images, et même le t-shirt en dessous censé faire original est un fail. Quand ça veut pas. E) oh et puis nan quoi, le faux tatouage fait au marqueur, là sans déconner ? Ah, et dernier point, aller à Londres pour en ramener une profile pic c’est vraiment bolosse.

14 septembre 2010

Folies bourgeoises

Gossip girl à Paris, tu te souviens pas ? t'as pas réussi à te déplacer rue de Charenton l'autre jour parce que 11 000 kids attendaient que Chuck et Serena fassent une apparition, comme si respirer le même air qu'eux augmentait nos chances de se les taper un jour.
Tout à l'heure, l'épisode était on air sur CW et comme on est du genre à défier l'extrême chez La Frange, je t'offre ce débrief du nouvel épisode de la saison 4 que même si tu connais pas la trame de l'histoire, t'auras un sujet de conversation pour discuter avec une stagiaire de chez Be.

1)Paris vu par les New Yorkaises
Havre de paix, paradis du luxe et centre culturel mondial, les paysages s'accumulent pour la promo du patrimoine, merci pour la Tour Eiffel mais y a quand même une forte odeur d'égout à Pont de l'Alma.

2)Le pourquoi du guest
- Karlie Kloss joue la secrétaire chez Maman Blair, elle est grande et maigre, bref, elle est pareil que dans les pubs Dior.
- Lou Doillon joue la pote de Serena pendant exactement 25 secondes. Elle semblait captivée pourtant. Mais c'est Lou Doillon, donc même si elle faisait une apparition dans Tron, ça me gênerait pas.
- Clémence Poesy semble bénéficier d'un rôle un peu plus influent : elle guérit Chuck avec de la vodka et nous gratifie de son expression mi-inquiète, mi-chien battu comme si Stéphane Bern avait squatté le background.

3)Le placement de produits
Avant Serena avait un Samsung rose, maintenant, elle a un iPhone 4 (je fais des efforts là)
Les plans sur les diverses échoppes, le name drop perpétuel (avec l'accent américain-teenager-qui-découvre-google-earth) et les achats modestes m'ont fait prendre conscience d'une chose qui m'empêchera de dormir : si elle est autant friquée, pourquoi elle se balade en sarouel fluo ?

4)Le charme parisien
Blair rencontre un gus qui a des contacts chez les Grimaldi, forcément ça la fait mouiller jusqu'à que Serena tape l'incruste. S'ensuit un dîner chez Baccarat où Blair joue au socially awkward penguin. Trop dommage, ils s'étaient rencontrés devant "Le Déjeuner sur l'herbe" de Manet, peinture impressionniste qui confirme son côté romantique "c'est bon signe". Le mec zone donc à Orsay pour se taper des rates étrangères. Propre.

5)Les autres se la collent en attendant
C'est l'entrée dans l'âge adulte qui détermine les occupations des autres personnages : Dan devient papa, Nate fait la fête.
Les darons BCBG gèrent (comme d'hab) les déboires de leurs gosses à coups de téléphone et une piste sur l'identité de Gossip girl est lancée, mais ça, on s'en tape.

Cet épisode n'a donc pas d'intérêt particulier, sauf si tu es ministre de la culture ou étudiant en marketing international.

26 juillet 2010

"Il ressemble à Tortue Géniale mais avec des cheveux"

J'ai clairement mis du temps à me réveiller de mon coma URL mais quelques heures devant Trace TV et une envie injustifiée de poster "Eenie Meenie" m'ont laissé croire qu'il était temps pour moi de revenir ici.
J'avoue tout, le dernier album de M.I.A. me fait flipper, pas pour le côté "mon directeur artistique est parti à Mayotte" ni pour les clips remplis de farfadets roux mais disons qu'à cause de cette fille, j'ai failli m'acheter une fringue Andrea Crews.
Et le concert de Wavves de l'autre jour était bien trop maladroit pour que je trouve un truc constructif à dire sur des gus qui en sont à leur 3ème album mais qui ont l'air d'avoir 11 ans.
Ne nous étonnons donc pas si je poste un des morceaux de la B.O. d'un film de vampires (devinez lequel) de Bat for Lashes et de Beck (crédibilité indie +1). Certes, le début sonne comme un Frozen VOIRE du Enya mais y a un aspect mystico-enfant-sauvage-perdu-dans-le-Machu-Picchu assez attractif.
Sinon, ça m'a aussi fait penser à la musique d'ambiance qu'ils passent dans les pubs Club Med.

Bat for Lashes feat. Beck - Let's get lost

18 juin 2010

Allez les bleus



Une moustache, des calques photoshop et une fin à la Ke$ha, c'est suffisant je trouve (et aussi un bon prétexte pour annoncer mon comeback)

14 mai 2010

Rencontre avec Jean Charles de Castelbajac, suite et fin

Quelle différence faîtes-vous entre votre activité de créateur de mode, d’artiste contemporain, de cinéaste, d’auteur de chanson ?

Je n'en fais aucune. J'ai des journées très particulières, d'ailleurs, Simon, mon bras droit, peut le certifier !
Simon : "on ne fait pas de différence, c'est peut être le problème mais d'un autre côté, vous êtes autant investis dans chacun des domaines"
Cela dit, la mode est une intuition qui a été insérée dans un concept très précis et j'en suis très fier : d'un côté, il y a Jean Charles de Castelbajac, de l'autre il y a JCDC, qui est un projet qui va se finaliser par un concept store au 10 rue Vauvilliers, mon futur endroit d'exposition, où je vais exposer des jeunes artistes, faire des concerts unplugged de jeunes gens... Ce sera une sorte de lieu post CBGB, palais de Tokyo !
Et puis il y aura toujours Castelbajac Paris, rive gauche, rue des St Pères à côté de Sonia Rykiel, Ralph Lauren.
C'est ma grande fierté, il n'y a plus d'amalgame mais bien deux univers dans ma mode.

Et qu’est-ce qui vous plaît tant dans ces dessins à la craie que vous faîtes partout dans Paris ? L’acte gratuit, le côté temporaire ?

Ce qui me plaît tant, c'est que je les fait pour moi, ça me fait du bien, c'est presque curatif. Il y a des murs qui m'appellent, c'est aussi une manière de rendre hommage à des gens vivants, vivants dans mon cœur. C'est assez troublant. J'en ai retrouvé un à Gare du Nord au départ de Londres et il est quand même de 1996 ! Donc je suis revenu à la craie dessus pour le renforcer un petit peu, et je vois la fille du bureau de change qui toque à la vitre "ça fait 6 ans qu'on se demande qui a fait ça, c'est notre ange gardien !" Chacun l'appréhende comme il veut.
On m'a offert un petit kit de craie, fait par Hermès pour pas que je ne salisse mes poches. Et là par exemple, ça fait 12 ans que je n'ai pas peint, et là j'ai envie de repeindre, encore une autre activité !

Nous avons remarqué que vous étiez très connecté sur Facebook, Twitter... Quel rapport entretenez-vous avec Internet ?

C’est un peu comme mon blog, en fait. D’ailleurs je pense bientôt arrêter mon Facebook pour lancer mon blog, même si je ne sais pas vraiment comment faire. Ce que j’aime dans Internet, et Facebook, c’est la réactivité et la proximité. En général, lorsqu’on fait un métier comme le mien, on est très loin. Moi-même, j’ai été très loin, dans ma vie antérieure. J’étais dans une sorte de Tour d’Ivoire, dans des sublimes bureaux. C’était les années 90, je ne comprenais pas vraiment l’époque et elle ne me comprenait pas du tout : c’était une époque sur-vitaminée par l’argent qui arrivait des financiers sur le monde de la mode, moi je voulais rester dans mon univers onirique… Et puis un jour, Internet est arrivé dans ma vie, il y a à peu près 10 ans, et j’ai compris. Moi par exemple, qui n’avais jamais eu de budget de publicité (car je n’étais pas une entreprise qui avait fait trop de concessions), j’ai compris qu’Internet était une autre façon de communiquer, de créer. Comme quand j’ai fait Hotel Kittyfornia. Si j’avais le temps, je ferais plus de courts métrages pour Internet. Mais vous savez, je ne reçois pas que des compliments sur Internet.

D’ailleurs, est-ce important pour vous d’avoir un retour direct sur vos créations ?

Bien sûr. Internet n’est pas du tout quelque chose de consensuel. Peu de gens de ma génération ont compris ça : cette proximité est essentielle, comme le fait d’être juste au dessus de ma boutique, dans cette rue, d’être impliqué dans la vie. Sinon, pour moi, ça n’a pas de sens. Je crois que mon rôle, si je peux en avoir un, c’est, et j’espère que ça sert à votre génération, de montrer un chemin : montrer qu’on peut être différent et y arriver quand même.

Ma grande qualité, je pense, est d’être totalement obstiné et têtu.

Comment voyez-vous l’évolution de la culture populaire ? Elle tend parfois plus vers le Porno Chic Soft que vers le Pop Art. Qu’est-ce que vous pensez, par exemple, lorsque vous tombez sur le clip d’un mauvais groupe de R’N’B ?

Et bien en fait, je zappe tout de suite. Déjà, j’ai du mal avec le R’n’B. J’ai eu du mal à comprendre le Hip-Hop, et même le Grime, car ce n’était pas une musique que j’aimais. C’était une musique qu’aimaient mes fils (Eminem, Snoop Dogg…), même si étrangement ce sont les rappeurs qui aimaient le plus mon travail. Alors certains comme Dizzee Rascal sont venus vers moi et m’ont appelé JCDC. Mais, finalement, j’ai compris qu’au travers de leur musique, il y avait cette colère qu’avaient les Sex Pistols, par exemple, et que c’était une sorte de musique tribale, de guerre… Mais le R’n’B, j’ai vraiment du mal, même si j’habille parfois Beyoncé ou Rihanna. De toute façon, il y a tellement de sous-catégories dans la musique ! Même dans l’electro, si on écoute Crystal Castles ou Justice, c’est différent, même si ce n’est pas très éloigné.

Est-ce que vous relookeriez Nicolas Sarkozy s’il vous le demandait ?

Pour lui donner des conseils, pourquoi pas. Par exemple, ses vestes sont trop longues, sa cravate est trop large, il devrait avoir des souliers plus pointus. Ce sont des détails, mais je le ferais pour tout homme : je pourrais dire par exemple à François Hollande qu’il a besoin d’une paire de lunettes noires pour dessiner son visage, alors qu’il a des montures transparentes. Mais ça, c’est de l’ordre de l’humain… C’est tellement mis au 2ème plan, en France, cette histoire d’être en phase avec soi-même chez les politiques… Quand je vois De Villepin qui flotte dans ses costumes alors que c’est un athlète, je me dis qu'il vaudrait mieux qu'il s'habille en Lanvin. Mais je ne serais pas sollicité, je pense, même si dans la vie j’ai été sollicité par des gens qui me surprenaient comme un prêtre des prisons à Poissy… Mais c’est amusant, j’aime bien par exemple les émissions du type « Relooking Express » : c’est vraiment participer à révéler les autres.

Si vous aviez dû choisir une autre voie, laquelle auriez vous emprunté ?

Je ne saurais pas trop quoi dire, car j’arrive aujourd’hui à vraiment rejoindre la voie que je voulais rejoindre. J’ai fait l’arbre de néons pour Gaz De France, là je vais faire Henri IV en Jedi… Mon idée c’est vraiment de chromatiser les villes : j’espère que je vais pouvoir faire Paris en multicolore pour Noël prochain. Là j’ai été sollicité par Lyon pour transformer la Rue de La République en voie spatiale : j’aime bien cette idée d’investir les villes. Parce que quand je vais à Berlin, lorsque je lève les yeux la nuit, c’est vraiment Luna Park, David Lynch, il y a quelque chose d’émouvant. Mais la beauté des villes ne suffit pas, la nuit doit transformer, comme elle nous transforme tous. La nuit est un univers que j’adore.

Quel est votre livre préféré ?

Comme petit guide spirituel, j’ai un livre qui s’appelle Gorin No Sho, écrit par un Samouraï qui s’appelait Miyamoto Musashi autour de 1620, et dans lequel il y a les 5 éléments : la Terre, le Feu, l’Eau, l’Air, et pour le dernier chapitre, qui est bouleversant, le Vide. Le Vide, c’est à dire cette dimension abyssale de la connaissance : Miyamoto Musashi était le premier Samouraï Punk. Il a été invaincu durant sa vie alors qu’il était autodidacte, qu’il se battait avec un sabre de bois. Mon autre livre, c’est Les Diaboliques, de Jules Barbey d’Aurevilly, dans lequel il y a une nouvelle extrêmement troublante qui s’appelle « Le bonheur dans le crime ». Je trouve qu’il y a une élégance visionnaire dans la manière d’écriture de Barbey d’Aurevilly. Enfin, dans les « 3 Contes » de Flaubert, il y a pour moi le texte le mieux écrit de la littérature française, « Saint Julien L’Hospitalier ».

Et votre auteur favori ?

Mon premier coup de foudre a été Maupassant, notamment car, chez les prêtres, on interdisait de le lire. La première chose de Maupassant sur laquelle je suis tombé, c’était « Le Horla », le moment où il devient fou, et je me suis vraiment retrouvé dans l’écriture de cet homme, il y avait quelque chose de très concis… Ensuite j’ai compris, grâce à mon parrain, que Maupassant était le père spirituel de tous les journalistes car il pouvait y avoir dans son écriture l’émotion et l’efficacité. J’y pense parfois en réalisant des projets, j’essaye de faire passer l’émotion dans un cadre très court, comme dans une nouvelle.

Qu’est-ce que vous lisez actuellement ?

Je viens de finir une biographie d’Edgar Allan Poe. J’avais un ami à Baltimore. Alors que j’ai passé 10 jours là-bas, à attendre cet ami qui était hospitalisé, j’ai passé mon temps à marcher sur les traces d’Edgar Poe. En fait, à Baltimore, il a 3 tombes, sur lesquelles il y a un point commun : on y trouve toujours des bouteilles de Jack Daniels. J’ai aussi lu un livre qui s’appelle « Les Disparues de Vancouver », et qui raconte l’histoire de ces 66 jeunes filles qui ont été kidnappées par un Serial Killer sans que l’état ne dise rien en raison des Jeux Olympiques en préparation. Un vrai cauchemar.

Y a-t-il un tableau qui vous émeut particulièrement ?

C’est dur de choisir une image quand on est tant amoureux d’elles. Mais il y a un tableau, un diptyque de Claudio Parmiggiani qui s’appelle Physionomie Céleste, et qui représente le dos d’une femme avec, d’un côté une constellation de grains de beauté dans son dos, et de l’autre des étoiles. Il y a aussi un autre tableau, de Bernhard Prinz, qui représente six oreillers et qui raconte tous les états de la vie à travers ces oreilles : l’oreiller où l’on naît, l’oreiller où l’on dort, l’oreiller où l’on fait l’amour… Jusqu’à l’oreiller où l’on meurt.

À propos du court-métrage que vous avez réalisé avec Mareva, est-ce que vous aimeriez en faire plus ?

J’adorerais faire un long-métrage. Mais j’aimerais faire aussi un opéra rock… Après, il y a un problème de timing. Il faudrait prendre une option sur une autre vie. Je suis entouré de pleins de gens qui sont très talentueux, et comme j’aime bien l’idée de groupe, je préfère participer. Là par exemple, on est en train de faire notre plateforme de vente en ligne, suivi d’un blog, pour JCDC, nous cherchons un opérateur. Quelqu’un qui soit là, qui s’occupe de le nourrir… J’adore cet endroit, c’est un peu comme une Factory, un atelier : en bas nous faisons nos shootings, en dessous il y a les archives, un jour peut-être il y aura un réalisateur. Vous savez, si j’avais les moyens financiers aujourd’hui, je pourrais aller plus loin dans ma révolution. Je n’envisagerais pas la communication comme le font mes collègues.

Justement, est-ce que vous aimeriez qu’on fasse un film sur vous ?

Là, je suis en train de préparer pour Lechêne un livre énorme de 600 pages sur mon histoire de touche à tout, où il y aura justement... tout ! Ce sera une sorte de foisonnement. Vous savez, il y a ce programme "Empreintes", sur la 5, où on raconte de manière très solennelle des histoires de gens qui font partie d’une « légende »… J’aimerais y figurer. Mais pour un biopic, j’aimerais aussi que ce soit quelqu’un comme Michel Gondry, ou Spike Jonze qui le réalise. Je me sens proche de Spike Jonze. Pour moi, le nouveau pop c’est vraiment ça : il y a quelque chose d’un peu sombre, comme dans ce clip de Kanye West où il joue comme s’il était ivre dans une fête… quelque chose de très étrange. Cette dimension m’interpelle.

Est-ce que vous avez le sentiment d’appartenir à un courant artistique, de dépasser le cadre de la mode ?

Sincèrement, je ne sais pas répondre à ça. C’est à vous de le dire. Je n’ai jamais vraiment appartenu à la mode, et la mode ne m’a jamais vraiment appartenu. Mes premières passions, ça a été le cinéma d’Antonioni, le bruit des Yardbirds, les images que créait Basquiat… Donc inévitablement, j’ai trouvé plus d’écho dans ces visionnaires que dans la mode. Même s’il y a des gens dans la mode, comme Karl Lagerfeld, qui m’intéressent. Karl ne m’intéresse pas pour la mode, il m’intéresse en tant que communiquant. C’est là qu’il m’interpelle. Après, la mode, c’est beau, mais ce qui m’intéresse c’est ce qu’on trouve autour.

Est-ce que vous trouveriez flatteur d’être classé comme un membre du mouvement Pop Art ou serait-ce pour vous trop réducteur ?

J’y suis. Mais c’est un peu simple. Pour moi, le Pop Art a toujours été un bel effet de mimétisme, qui a aussi caché des années de ma vie où j’ai été habité par l’idée qu’il fallait souffrir pour créer alors que je produisais des images très joyeuses même si j’étais derrière dans le tourment. Quand vous dites Pop aux gens, ils vont vous dire Mickey… Mais pour moi, il y a derrière Pop une partie de ma vie. Mais oui, je suis définitivement plus pop que gothique !

En ce qui concerne Mareva, quel est son rôle ?

Elle n’est pas très intéressée par la mode. Elle porte des jugements, mais elle est vraiment habitée par ses projets. C’est là notre point commun. Elle n’a pas fait des choix faciles, car après son destin de Miss elle aurait pu prendre un chemin différent, mais c’est là qu’on se retrouve : on est assez exigeants l’un pour l’autre. Il y a cette dimension, qui je pense, est une sorte de spectre ou de miroir. Elle m’a appris que le bonheur, la sérénité, pouvait être un vecteur de création. Elle m’a appris à sourire.

Est-ce que vous vous rappelez de la première chose que vous lui avez dite ?

Je ne crois pas me souvenir de la première chose que je lui ai dite, mais je me souviens (et c’est la première et dernière fois que j’ai fait ça dans ma vie) lui avoir fait du genou !

Pour finir, est-ce que c’est difficile de travailler ensemble ?

On ne travaille pas ensemble. Elle travaille sur son nouvel album, va sûrement partir l’enregistrer aux Etats-Unis, partir en tournée avec Nouvelle Vague, travaille sur son émission Do You Scopitone ? (Paris Première). On ne travaille pas ensemble : elle n’est pas mon mannequin, mais elle m’inspire. Mais ce n’est pas vraiment une muse. Dans « muse », il y a quelque chose d’assez figé, alors que je ne suis pas vraiment inspiré par une personne, mais plutôt par votre génération. Je suis un fan, un top fan. Quand je suis avec Alice de Crystal Castles, avec mes potes des New York Dolls, que je retrouvais récemment comme une famille, je suis fan. Et quand j’ai dit adieu à Malcolm Mc Laren, j’ai dit adieu à une icône, même si on était amis depuis 35 ans.
Je suis fan du talent des autres, et je pense que c’est mon élixir de jeunesse.

7 mai 2010

Rencontre avec Jean Charles de Castelbajac, 1ère partie.


On vit une belle histoire d’amour avec JCDC. Depuis la fois où il a accepté de nous livrer sa playlist matinale pour un Top 10 vraiment top mais pas trop 10, l’idée d’une vraie interview nous trottait dans la tête comme Kenenisa Bekele au Marathon de Londres (d’ailleurs JCDC vient de faire une installation dans les vitrines de Selfridges, t’as vu comme tout s’assemble d’un coup ?). Une partie de pile ou face plus tard, on s’est enfin rendus compte qu’être un rédacteur de La Frange permettait de faire des trucs que les autres ne font pas. Rencontrer Jean Charles de Castelbajac, par exemple. Ci dessous, la première partie de l'interview.

Pourquoi avoir choisi Adeline Mai pour shooter votre nouvelle collection ?

Adeline et moi, c'est une vieille histoire. Je connaissais un peu son travail pictural, j'ai aimé son univers, son grain, il y avait un côté Virgin suicides, quelque chose qui touchait à la difficulté d'être des ados, quelque chose qui traduisait de la beauté. Je pense qu'on peut construire la pierre angulaire du bonheur sur ses fêlures et il y avait quelque chose comme ça. Et bizarrement, avec Adeline on s'est retrouvés, elle comme figurante et moi comme arbitre de boxe, sur le clip des Shoppings "Tu fais quoi dans la vie". Et ce jour là, elle m'a dit "je crois que je vais abandonner la photo et faire du droit", je lui réponds que c'est impensable car c'est son don, qu'il faut travailler ce don, que c'est sa vie. Elle me rappelle deux semaines après : "ça marche, je rentre à Sèvres". J'ai ensuite vu son travail car je suis assez exigeant et outre sa sympathie et sa présence, j'ai vraiment aimé son travail. Comme je cherchais pour JCDC quelque chose qui ne soit pas le pop primal, ni le pop héraldique avec des couleurs primaires, je cherchais cette ambiance "west coast", brumeuse, Adeline était donc parfaite pour shooter la collection et elle s'en est très bien tiré pour une 1ère commande.

Mais qu’est-ce qui vous plaît tant chez les jeunes ?

Hier soir, par exemple, j'étais au concert de Crystal Castles. Et quand je vois la chanteuse Alice sur scène, je la trouve absolument bouleversante, quand je vois Ethan avec ses compositions d'archéologie digitale, ce côté Sex Pistols hypnotique/Blade Runner, je suis totalement ému. D'ailleurs j'ai dit à Alice hier soir, vu que je viens d'habiller Lady Gaga et Beyoncé pour Telephone, que je voulais l'habiller (elle est la seule pour qui je fais la démarche). Donc ce qui me plaît chez les jeunes, c'est de trouver un "pont". Je n'ai pas le sentiment d'avoir réellement vieilli dans ma tête, sûrement parce que j'aime les même choses que la jeune génération ou peut être parce que j'ai deux fils de 25 et de 30 ans et un petit fils de 2 ans. C'est avec les jeunes que je me sens le mieux en tous cas. Et puis, tous mes vieux copains, qui étaient des "forever young" comme Malcolm Mc Laren, Keith Haring, Jean Michel Basquiat ne sont plus là. Il faut bien que je renouvelle mes amis sinon je serai totalement seul ! Et étrangement, ce sont les jeunes qui me comprennent le mieux aujourd'hui : leurs parents m'appellent "ridicool", ils ne comprennent rien ! J'ai des stagiaires de 15 ans ici, leurs pères viennent me voir "je suis un peu jaloux, y a un dessin vous représentant sur le mur" mais cela est surement du au fait que je les écoute.

Vous avez donc la même perception et sensibilité que les jeunes ?

Je pense. Et la même curiosité. Je suis extrêmement curieux.

Vous avez collaboré avec de nombreux artistes (Micky Green, M.I.A, Santogold, Rufus Wainwrigth, Men Like Me, Katty Perry, Kanye West, Lady Gaga récemment), comment choisissez-vous ? Vous marchez au coup de cœur ?

Je marche à l'intuition, que ce soit Le Corps Mince de Françoise, French Horn Rebellion ou dans le passé, des groupes français comme Pravda, DSL et Busy P, ça doit "fitter" avec mon travail du moment. En ce moment par exemple, j'écoute en boucle une chanson d'un petit groupe que je n'arrive pas à contacter, qui s'appelle Kindness, on est deux fans, je viens de faire une interview avec Vice et le journaliste connaissait. Et quand vous allez sur leur myspace, il y a une chanson nommée "Swinging party" où il y a une ligne de basse extraordinaire, je les adore ! c'est vraiment un groupe que j'aimerais avoir pour mon prochain défilé. Et je pense que je pourrais avoir un label quand je vois des groupes comme Curry & Coco qui sont sur la trajectoire, lancés. Quand je leur ai commandé le morceau "Sex is fashion", sincèrement, les gens se demandaient ce que c'était. J'ai appelé mes amis Pedro, Michel Duvall pour leur dire d'écouter et le temps me donne raison puisque des gens comme JD Beauvallet des Inrocks y ont cru. Ils sont vraiment biens car leur musique est un mélange de Daft Punk et des Jackson 5, y a un groove, un concept : ce couple improbable, qui joue sur une symbolique gay des années 80... Il faut que le groupe me touche, tout simplement, que je sois interpellé. Au dernier défilé, un vrai dilemme s'est imposé : je voulais Koudlam, il a une chanson très bouleversante nommée "See you all", mais finalement ça n'a pas pu se faire car il était introuvable et heureusement, mes copains new yorkais de French Horn Rebellion sont revenus vers moi.

Que pensez vous de l'influence toujours croissante des bloggers ?

Je pense que la magie, c'est le décloisonnement. Le XXIème siècle, c'est ça. Le qualificatif que les français me donnaient autrefois était "touche à tout" car le grand "tout" n'existait pas : il y avait la mode, la musique et l'art. Lorsque je demande à Keith Haring de faire une invitation pour ma collection, à Malcolm Mc Laren de me faire la musique d'un défilé, les gens s'en foutent. Au début, j'ai demandé à Robert Mapplethorpe de faire une invitation de défilé mais les gens ne savaient pas ce que c'était une invitation faite par un artiste donc ils la jetait par terre, et je revois Bob Mapplethorpe à genoux en train de ramasser ses photos, pareil pour Déborah Turbeville. Aujourd'hui, il n'y a pas pleins de petits tout mais un grand tout qui constitue un univers, quelque chose de global, c'est pour ça que cette époque me ressemble bien, que je m'y sens comme un poisson dans l'eau, il n'y a plus de frontières. Je vais transformer la statue d'Henri IV en jedi pour le Ministère de la culture, à partir du 14 mai pour montrer aux gens que les jedis ne se limitent pas au film américain. Je ne vois pas de différence entre cette sculpture et mon installation avec Ebony Bones, ce sont des médiums. Avec les bloggueurs, on revient au temps des chroniqueurs et j'aime ça. Dans votre génération, vous êtes tous artistes. En tous cas, quand j'ai commencé à 17 ans, dans ma famille, on me disait que j'avais un petit talent, que je dessinais bien mais que notre nom avait été eu à la pointe de l'épée et pas à celle du crayon donc on m'a tout de suite dit que mon métier n'était pas "possible". J'ai du casser du mur et maintenant, vous pouvez être tous journalistes, stylistes, réalisateurs. Les bloggueurs marquent un retour à l'écriture et cela me plaît beaucoup ! Et c'est aussi le regard direct du public, la proximité.

Mais les bloggueurs sont ils légitimes pour exercer le métier des créateurs de mode ?

La chance et le danger de cette époque, c'est que cette légitimité, on ne la juge que par le talent des gens. Pour moi, il n'y a aucune légitimité à ce que les territoires soient protégés ! Si demain, tu arrives avec un concept absolument génial, tu es créateur. Je n'ai pas d'à priori. Je viens de rencontrer Caroline Daily, qui vit à Budapest car elle peut shooter plus facilement là bas, elle a 25 ans, ça fait 4 ans qu'elle rame pour son blog et maintenant, elle est contente d'avoir 30 000 connexions par jour, c'est une petite entreprise et je trouve ça admirable. J'adore cette génération de jeunes entrepreneurs, vous devenez entrepreneurs sans même vous en rendre compte. Devenir entrepreneur à partir de son désir ou de son don, c'est top. Vos parents ne vous ont pas forcé à travailler dans une boulangerie ou à rentrer dans l'armée...

Comment faites-vous pour être aussi présent, entre la mode, la musique, les soirées ?

Je ne sais pas...j'ai un frère jumeau qui s'appelle JCDC...non, je ne suis pas partout ! Hier j'ai fait la fête avec les Crystal Castles, il faut que j'aille voir mon ami Mika, demain soir, il y a Rihanna mais je vais à Londres pour faire les vitrines de Selfridges car j'y installe tout mon univers, des soucoupes volantes, et des aliens. Un truc très fort.
Je vais là où j'aime, je suis plutôt geek, donc je communique sur mes déplacements, j'essaie d'aller dans des endroits qui m'interpellent, où ma curiosité est satisfaite et comme je suis insatiable, je bouge.
Je pars sur des projets, comme celui d'Emmaüs, j'aime ce travail de bénévole, je le fais rapidement mais avec le même sérieux que pour les autres. Ce qui est étrange, c'est qu'on identifie très vite mes travaux dans des domaines très différents. Je fais les choses de manière très précise, je refuse beaucoup de projets. Il y a des artistes que je respecte énormément mais avec lesquels je n'ai aucune affinité et avec qui je ne pourrais pas travailler. Henri Bergson disait "Choisir, donc exclure", c'est terrible, mais il faut être sélectif. Définitivement.

Vous faut-il des conditions particulières pour créer ?

Pour moi, c'est être à Paris. La seule ville où je suis créatif, dans ma tanière, totalement en phase, in situ. Il me faut beaucoup d'accidents : sur mon bureau là, c'est n'importe quoi, il y a une photo de mon petit fils, une bouteille de Tabasco, du thé vert, une robe de 82 avec Jimi Hendrix, la robe que Yelle m'a rapportée, un tableau de mes deux fils...le chaos ! Il me faut aussi la fête, j'adore refaire le monde avec mes amis, je n'en ai plus trop mais j'en m'en fais de nouveaux, ce qui est plutôt cool. Et puis, je suis accro à la création, c'est addictif...je suis rapidement en phase avec le projet, j'ai toujours une idée. Je ne propose jamais deux idées.

Vous avez toujours eu envie de travailler dans la mode ?

Pas du tout, je croyais que ce n'était pas un métier en phase avec moi, j'avais juste envie de faire un métier où il y avait beaucoup de filles ! J'ai été en pension pendant 11 ans, qu'avec des garçons, des prêtres, dès que je suis sorti à 17 ans, c'était une véritable passion pour les femmes : ma mère, ma femme et l'inspiration qu'elles m'apportaient. J'ai chanté du rock pendant un concert avec un groupe à Limoges mais c'était catastrophique, j'ai été acteur, j'ai joué un tout petit rôle ou je devais faire des graffitis dans des toilettes pour Michèle Rosier mais je n'était pas assez patient pour attendre une heure entre les prises. Puis j'ai été artiste, ma première vocation, j'ai commencé à faire des vitrines de magasins, des installations et puis la mode m'a happée. Ma mère avait une industrie et m'a dit que j'allais partir en vrille, là j'ai vraiment commencé à travailler avec des tissus en me disant "non, je ne fais pas de la mode, je fais de l'anti mode", c'était un métier un peu efféminé à l'époque. Et comme je me suis fait remarquer tout de suite, j'ai eu ma 1ère couverture de Elle à 18 ans, ma 1ère couverture du Vogue US à 19 ans...

Est-ce que votre séjour en pensionnat a eu de l’importance dans la définition de vos envies ?

Il a été LA construction. En fait, il y a deux constructions fondamentales : il y a ma naissance au Maroc, puis mes parents m'ont amenés chez ma grand mère, à Nice, les plus belles années de ma vie, vers mes 4 ans. J'avais un petit chien qui s'appellait Scarlette, j'adorais cette bulle dans l'espace temps. Puis à 5 ans, hop, en pension militaire à Menhir en Braye, chez les oratoriens. Et là, c'est la construction des micro trésors en pension : le culte de l'élastique, de la boîte d'allumettes, on apprend à sculpter un morceau de bois. C'est comme Koh Lanta en fait, 11 ans de Koh Lanta sentimental ! On vit dans la survie : ou on se laisse complètement abattre, ou ça devient la pierre angulaire des tes convictions, ta manière de construire les idées. Je me suis sauvé trois fois, puis j'ai été viré à 17 ans, sans bagage. Mais ça ne pouvait plus marcher, je mettais des chemises à fleurs chez les oratoriens, j'avais des mini pulls roses. Mais j'adorais l'histoire, il y avait un côté un peu old school que j'adorais, jouer de la pelote basque à mains nues, la bagarre, il y a des tas de trucs que j'adorais à la pension. Mais les grands dortoirs mortifères où on était 60, j'aimais moins.

Ca expliquerait votre engouement pour le dadaïsme, le punk, le pop art ?

Je pense effectivement que ça vient de là. Ma colère à 17 ans. Qu'est ce que j'ai foutu de ces années là ? Qu'est ce qui s'est passé ? Sans comprendre à l'époque, qu'en fait, toute mon esthétique s'est construite là : cette économie de moyen, cette espèce de "survival kit" qui fait qu'aujourd'hui pour moi, la beauté n'est pas du tout celle que l'on croit : c'est d'ailleurs ce que j'avais en commun avec Malcolm, on aimait les choses pauvres voire monstrueuses, le do it yourself

Vous avez créés des vêtements liturgiques et les « uniformes » des Scouts et Guides de France...

Oui, de temps en temps, je reviens à mes racines familiales. Je viens d'habiller la Vierge de l'église de la Daurade à Toulouse, d'un tissu un peu camouflage, elle est sublime, c'est une Vierge Noire, la vierge noire qui vit en Palestine. Je me suis dit que si elle vivait aujourd'hui, elle serait en pleine guerre !

Qu’est ce que ça représente pour vous ?

A ce stade de ma vie, je pense qu'il y a une partie de bénévolat que l'on doit faire, qu'il est naturel de faire. Quand je travaille pour l'Église, j'essaie de contribuer à la foi parce que je crois en Dieu. Quand je dessine sur Henri IV, je pense à l'Histoire, ce sont des projets qui m'interpellent, qui m'intéressent. C'est avec la même légèreté que je fais des anges sur les murs de Paris.

C’est à l’opposé de l’image plus « frivole » que peuvent donner vêtement reprenant les personnages du Muppets Show, de Disney, les Legos...

Oui, ou habiller Lady Gaga. C'est très bizarre, il a fallu attendre ces 40 ans pour que mes contraires s'associent. Et en fait, la dimension réductrice qu'on me donne de "king of cartoon" est fausse, mon histoire est bien plus complexe, vous le discernez bien. Mais ce sont des paradoxes que je fais cohabiter alors que dans le passé, je développais une forme de schizophrénie : j'avais ma vie familiale, mes passions pour l'Histoire, la foi et tout, et puis il y avait l'homme moderne, avec cette dimension pluridisciplinaire.
Et c'est vraiment en 1997, quand j'ai travaillé pour Jean Paul II, que j'ai combiné les deux choses. J'ai alors compris que ma mode ne devait pas être intimiste ou réservée au monde de l'art : elle était assez forte pour conquérir une dimension populaire.

La suite la semaine prochaine.