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16 mars 2010

Même pas avec un bâton

J'ai longtemps réfléchi à la réelle utilité de raconter mon voyage scolaire de la semaine dernière. Si j'avais pu caser une anecdote croustillante comme des Krisprolls sur "une jeune suédoise vraiment trop belle pour moi", un truc normal quoi, je n'aurais certainement pas hésité, mais à part Pizza, Églises et Autobus, rien de bien fascinant. C'est pourquoi, plutôt que de faire un énième post qui parle de filles avec des jolis mp3s, je vais faire un post qui parle de filles avec des jolis mp3s ET les mots "Pizza", "Église" et "Autobus".

Je m'imaginais déjà sur la côte amalfitaine, tes yeux cachés derrière des lunettes beaucoup trop grandes, le regard perdu entre la mer et les bords de ta PIZZA abandonnés sur un côté de ton assiette. J'ai toujours détesté les filles qui laissent les bords de la PIZZA, et si on avait pas un AUTOBUS à prendre dans 30 minutes, j'aurais volontiers fait une sorte de scène plutôt drôle, juste pour voir.


Je savais que si on se ratait ce soir là, on serait contraint de se rater pour toujours. Tu ne disais rien, j'étais d'accord avec toi.


Désolé pour ce post. Bisous.

PS : ÉGLISE (je l'avais oublié)

15 mars 2010

Une bien belle échappée.


Mon petit cœur de lecteur, je conçois bien que tu en ais marre que je parle de filles dont je suis amoureux et que le triolisme abstinent t’ennuie et que tu aimerais bien qu’on change de sujet. La prochaine fois, je te raconterais ma virée chez Carrefour, mais en attendant, je vais militer pour la culture, et ça parlera de filles dont on est amoureux, de triolisme abstinent, mais pas de mes maux à moi.

Je vais te parler de deux livres. Pourquoi deux livres, en même temps ? Pourquoi ces deux là ? Parce que je les ai aimés tous les deux, parce que je leur trouve, au-delà de leurs différences, énormes, des similitudes nombreuses.

J’ai lu Le Soleil Se Lève Aussi un peu par hasard, sur foi de la réputation de son auteur, Ernest fucking Hemingway. Je suis partial, je l’ai lu trois fois en six mois, mais peu importe, et j'attends qu'on me le rende pour recommencer. Je ne me rappelle jamais de toute l’histoire, de toutes les scènes, parce que ce n’est pas ce qui importe. Elle décrit la vie de Jake, ancien combattant dans le Paris des années vingt. Américain, il travaille en tant que journaliste et garde de la guerre des séquelles physiques le rendant impuissant. Du fait de son incapacité sexuelle, sa relation amoureuse avec Bret, femme volage s’il en est, ne peut avoir d’aboutissement, et il ne peut qu’être le témoin de ses diverses aventures avec ses amis, aventures dont il ne peut prendre ombrage étant donné leur proximité, l’amour qu’elle avoue lui porter. Le roman est divisé en deux parties, Paris, puis le voyage en Espagne, à l’occasion des Férias de San Firmin à Pampelune. Celui-ci est effectué en compagnie de Bill, de Robert Cohn, un juif (c’est important), et de Michael Campbell, le dernier fiancé en date de Bret, aussi de la partie. Leur épopée est émaillée de disputes et de déclarations, de micro-actions et dresse un portrait parfait de la génération perdue et de ses comportements, de la vacuité trouvée dans les divertissements d’avant-guerre après le passage de la grosse Bertha.

J’ai lu Au Dessous Du Volcan sur le conseil de quelqu’un que je peux difficilement appeler un ami, un pote ou une connaissance, mais que j’estime néanmoins assez pour suivre son conseil. Et c’est rare. Malcolm Lowry est un poète et romancier, du XXème siècle, un poète romancier autant qu’un romancier poète. Pour faire simple, il a bourlingué comme on pouvait encore le faire à l’époque, était alcoolique dès ses années d’études, s’est marié, a vécu un peu partout, rencontré Dylan Thomas, Cocteau, bu beaucoup trop, traversé des dépressions et été interné à plusieurs reprises. Au Dessous Du Volcan se déroule à Cuernavaca appelée Quauhnahuac pour les besoins de l'histoire. Il y a vécu avec sa femme, afin de tenter d’éviter la rupture inéluctable induite par ses abus. Il raconte l’histoire du Consul, abandonné par Yvonne, et son retour, la présence de son frère, qui a eu semble-t-il, une aventure avec sa femme, ou en est éperdument amoureux, et leur voyage aux confins du Mexique, jusqu’au volcan.

La forme diffère, déjà. Au Dessous Du Volcan est au moins trois fois plus long que Le Soleil Se Lève Aussi. Le style aussi. Hemingway est pour moi ici le précurseur de Bret Easton Ellis, les thèmes, le style lapidaire, les dialogues d’une qualité incroyable dessinent des lignes de fuite qui mènent jusqu’au cocaïné le plus célèbre du milieu littéraire new-yorkais. Au Dessous Du Volcan est un immense poème en prose, une mine de digression dans la lignée d’Ulysse, que Lowry nie avoir lu, plein d’autobiographismes, bourré de symboles et de symbolismes, de la Cabbale si je me rappelle bien de la postface, mais en tout cas placé sous le signe du cercle, du cycle. Deux genres, deux styles, mais deux merveilles ciselées par des orfèvres.

La liste des points communs, des points communs qui m’ont marqué, qu’il me semble important de souligner va me faire passer pour un dépressif alcoolique transi d’amour mais je vous emmerde.

Tout d’abord, il est difficile de nier l’influence de l’alcool sur les esprits qui habitent ces deux romans. Dans LSSLA, les protagonistes (difficile de les appeler héros) sont saouls tous les jours, généralement dès potron-minet (ça c’est fait), et l’alcool est au fond à la fois le symptôme des quatre ans de guerre et le ressort de certaines scènes, dans la mesure où la désinhibition induite par l’alcool permet aux rancœurs d’être exposées, aux relations de se lier, et aux déclarations de se faire sur fond de démarche bancale. Dans ADDV, le Consul (et ses quelques « amis » qui tirent parfois les couteaux afin de les lui planter dans le dos) est noyé dans l’alcool, le whisky, la tequila, et surtout le délicieux et retors mescal qui lui permettent d’échapper à la peine de la perte de sa femme dont il attend toujours les lettres.

Ensuite, la perte. Pas vraiment difficile de s’apercevoir de la présence de ce thème, entre la perte physique, sentimentale (Yvonne et Bret) et la perte subjective, soit, je m’explique, le fait de refuser, de fuir l’amour, à la fois chez Bret, Jake et le Consul. Je vais pas développer plus, c’est assez clair dans les romans.

Enfin, le voyage. Le voyage comme une fuite en avant, comme un dernier recours, comme une manière de sceller une situation, d’éprouver sa consistance, les volontés, les sentiments. Le voyage pour la fiesta, le voyage jusqu’au volcan, voyages dans lesquels on met à l’épreuve les triolismes sentimentaux, Jake, John, Mike et Bret, le Consul, son frère, Yvonne, la route de laquelle on bifurque pour boire « un dernier verre » jusqu’à le vomir, à s’égarer et à perdre le chemin, jusqu’à la fin qui au fond ne résout rien. Voyages que l’on fuit alors même qu’on les a entrepris pour fuir aussi, voyages où l’on se rend compte que l’on ne fuit pas une situation, un endroit où l’on stagne, mais seulement soi-même, et que le changement d’espace n’empêche pas de continuer à tourner sur soi-même, bien que l’on avance en même temps, qu’il n’empêche pas de ruminer le passé, les échecs.

Si les protagonistes de ces livres sont sans espoir, à l’agonie, et ne vont nulle part, c’est sûrement une des raisons pour lesquelles j’ai aimé ces bouquins. J’ai toujours eu une grande sympathie pour les perdants magnifiques, et peut-être que j’en suis un t’as vu. J’ai toujours aimé ces histoires impossibles où on fuit l’attention, l’amour qu’on veut nous porter simplement parce que l’on ne s’en sent pas capable, que l’on est en incapable, ou juste parce que les yeux de l’aimée nous renvoient une image de nous même trop glorieuse pour qu’on lui donne foi. J’ai aimé l’absolue sincérité des dialogues, malgré leur apparente rigueur, ce côté début du XXème siècle, je ne veux pas dire factice parce que c’est faux, j’ai lu forcé, je ne sais pas, je ne trouve pas. L’absurde et la sincérité, donc, cohabitent. Ces romans sont des prières, où des hommes perdus se débattent en refusant toute aide. J’ai aimé le jusqu’au-boutisme, le voyage et les peintures des paysages, la noirceur et la lumière qui se font des clins d’œil, j’ai aimé Bret et j’ai aimé Yvonne, j’ai aimé Jake et le Consul, l’alcool et la fuite. Je suis un lâche, je suis un pédé, un grand romantique doublé d’un sentimentaliste, et je vous emmerde, et je vous conseille de lire ces livres.